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2.4.09

Duplicity : critique de film en 140 signes.

Une critique de film au format Twitter: attention, elle ne peut pas faire plus de 140 signes!

Duplicity: film léger & plaisant. Réalisation classe, intrigue classe & retorse, acteurs classe, retors & sexy. Générique de début: énorme.

Bref, je recommande ce film!

26.3.09

Where The Wild Things Are, un film de Spike Jonze

Je viens de découvrir la très belle bande annonce de Where The Wild Things Are, le prochain film de Spike Jonze, adapté du merveilleux livre pour enfants de Maurice Sendak du même nom (Max et les Maximonstres en VF). Voici le lien pour voir la bande annonce au format "glorieux" qu'est Quicktime. Enjoy!

Plutôt que de nous raconter une histoire, la bande annonce nous replonge dans les sensations de l'enfance: la joie, la peur, l'envie de partir à l'aventure. Le film nous invite à retomber en enfance.
L'utilisation du magnifique morceau Wake Up des Arcade Fire est pour beaucoup dans la réussite de cette bande annonce. J'espère que le film sera à la hauteur!

9.2.08

Best of 2007 (1)

Le voilà enfin, le tant attendu Best of des films sortis en 2007!

Voici la première partie des films qui valaient le détour: les blockbusters!

Les blockbusters:
Cette année 2007 fut riche en blockbusters qui valaient le détour, que ce soit pour leurs qualités intrinsèques, ou simplement pour leur coté stupidement débridé, parce qu'ils étaient simultanément complêtement idiots et complêtements jouissifs.

Dans la première catégorie, on a LE blockbuster de l'année, le film qui réconcilie le cerveau et les muscles, The Bourne Ultimatum. Tandis que dans le 2e épisode de la saga on suivait la fuite du héros, on assiste ici à l'assaut frontal qu'il a décidé de mener contre ses ennemis. Là où tout n'était avant que rapidité, fluidité, et confusion, à présent tout est brutalité, clarté du propos, et choc frontal. Jason Bourne en a marre, et passe à l'offensive. Les scènes de combat comme les poursuites en bagnole sont d'une brutalité phénoménale, et redoublent d'intensité grâce à la caméra placée sur l'épaule du protagoniste.


Un autre film que je pourrais qualifier de "blockbuster intelligent", c'est Beowulf. Beowulf, c'est un film d'animation pour adultes, avec des dialogues crus et des combats sanglants. A travers les "masques" numériques, la performance des acteurs est plus que visible. Ray Winstone, Anthony Hopkins, Angelina Jolie...tous les acteurs s'en donnent à coeur joie, comme si le filtre numérique leur permettait d'entrer complêtement dans leurs personnages, leur permettait de s'abandonner entièrement à cet univers complêtement bizarre qu'ont imaginé les géniaux Roger Avary et Neil Gaiman! Beowulf est un film véritablement hybride, qui allie le talent des acteurs humains au potentiel infini du film d'animation. C'est un vrai plaisir, qui montre bien que les films hybrides sont promis à un bel avenir!


Enfin, comme ne pas mentionner deux bons épisodes de deux des plus importantes franchises de ces dernières années, Spider-Man 3 et Harry Potter 5. Le SP3 est légèrement décevant d'un point de vue scénaristique, mais il innove encore une fois dans ses scènes d'action complêtements époustouflantes. De son côté, Harry Potter réussit l'exploit de rendre le bouquin le plus chiant de la série trépidant, notamment dans le final, difficilement compréhensible dans le bouquin et haletant dans le film.


Dans la catégorie des blockbusters débiles, on a les incroyables Die Hard, Transformers, et Pirates des Caraïbes 3. Trois films de franchise, qui ne se prennent pas au sérieux, mais qui n'en oublient pas pour autant d'offrir au spectateur un spectacle visuel époustouflant. Mais au-delà du contrat bien rempli en matière de cascades et d'effets spéciaux, ce qui m'a plu dans ces films, c'est leur grain de folie. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ces blockbusters sont tout sauf formatés: Michael Bay n'a pas peur de plonger son spectateur dans un scénario et une mise en scène par moments totalement impossibles à suivre dans Transformers; Pirates 3 est souvent complêtement bancal, et s'abandonne parfois à un onirisme complêtement incongru pour un film qui doit servir de support à la vente de Happy Meals; dans Die Hard, Len Wiseman n'a peur de rien, et surtout pas de trahir l'esprit de la série originale en faisant de John McClane un surhomme qui tue ses ennemis en brisant un mur de briques avec ses mains, et qui surfe un F-22....cet abandon, cette énergie délirante, voilà ce qui me plait dans ces films, et qui me donne envie de les revoir bientôt!

Bientôt la suite!

17.9.07

This is Spartaaaaaa!

Cette pub est sublime:




C'est signé Michael Mann. La musique de la pub vient de la BO du "Dernier des Mohicans". En voyant une pub comme ça, on comprend bien comment 300 a cartonné aux USA.

Contrairement au rugby, le football américain est plus proche du spectacle que du sport: costumes, masques, confrontations brutales, sacrifices héroïques...tout les ingrédients sont là pour transformer le terrain en scène de théâtre. Cette pub insiste sur l'aspect mythologique du football, vécu comme un accomplissement de soi, comme une quête acharnée menée contre vents et marées, contre l'hostilité de la nature, contre les autres hommes qui se mettent en travers de notre chemin, et contre nos propres limites...

Le joueur est élevé au rang de demi-dieu. Tel Hercule, il accomplit 12 travaux (j'ai compté 12 placages/défonçages, si on s'en tient aux effets sonores). A travers les transitions fluides entre les deux joueurs, on a l'impression d'assister à une quête cyclique, répétitive, incertaine, infinie... Et puis soudain, tout ralenti, tout s'arrête, un bras s'étend, prêt à marquer le touchdown qui sauvera son équipe. Va-t-il y arriver? Sisyphe pourra-t-il enfin trouver le repos?

Bien que tout cela ne soit pas très original pour une publicité sportive, il est intéressant de voir à quel point le talent d'un réalisateur comme Michael Mann parvient à insuffler de la fraicheur à un de ses plus vieux clichés. Avec cette caméra qui reste très proche du joueur, tout en gardant une distance respectueuse - le joueur est tel un demi-dieu, que l'on côtoie sur le champ de bataille, mais que l'on ose pas approcher de trop près - et avec un montage qui cherche à créer une illusion de plan-séquence, une illusion de continuité, de flux, Mann inscrit son joueur dans une temporalité, dans la durée. Avec cette idée de durée vient la notion de l'effort fourni, du passage du temps, de la dégradation du corps. Il y a l'exploit (incertain), et avant, il y a la souffrance consentie (réelle, puisque vue par nous) pour accomplir cet exploit...et surtout, il y a ce (ces) mortel(s) pris dans le flux, poussé par quelque chose qu'il n'est pas sûr de contrôler...et là, on retrouve l'une des thématiques chères au cinéaste Michael Mann, celle de l'homme qui ne parvient plus à contrôler un monde qui lui échappe, qui va trop vite pour lui. La quête du joueur de football est-elle vraiment volontaire? Est-ce sa propre volonté qui le fait se relever sans réfléchir, qui le fait courir sans interruption d'un bout à l'autre du terrain? Ou bien est-il le jouet des puissances divines (son manager, son agent, ses sponsors...) qui contrôlent sa destinée?

Contrairement à un montage accéléré et saccadé à la sauce MTV dans les années '90, avec des images-choc diffusées de façon quasi-subliminale, des images d'exploits sans passé ni avenir, le montage de cette pub nous laisse le temps de vraiment ressentir l'ampleur de la tâche. Le fait que l'on rentre en plein dans l'action, et que l'on quitte nos héros avant qu'ils n'aboutissent au sacre annoncé ne fait qu'amplifier l'impression d'un cycle infernal.

L'image finale est spectaculaire sans l'être excessivement. Sa force vient avant tout de toutes les images qui l'ont précédée. L'accumulation de petits exploits crée (on l'espère) un grand exploit, crée l'illusion d'une action à la fois spectaculaire et pourtant à la portée de celui qui se donnera suffisamment de mal, qui ne "lâchera rien"(Leave nothing, c'est le nom du spot)... C'est l'exploit qu'accomplit Michael Mann dans ce spot: créer l'illusion d'une entreprise à la fois surhumaine et à la portée de tous. Un lieu magique où l'humain et le divin coexistent. Où s'arrête le génie humain et où commence l'inspiration divine?

Dans cette affaire, le plus drôle (voire le plus triste, c'est selon), c'est que les images de Mann ne sont pas très éloignées de la réalité. Le football professionnel est énorme machine à broyer les hommes, qui pulvérise plus ou moins rapidement ceux qui le pratiquent au plus niveau. Pressions physiologiques énormes, stéroïdes...le football américain, plus que beaucoup d'autres sports, broie les hommes, les vieillit prématurément, les enterre prématurément. Il y a bien des sacrifiés sur l'autel du football américain, qu'on oublie très vite, parce que bon, hein, "the show must go on". Ils sont adulés comme des demi-dieux, mais ils sont bien vites relégués à leur statut de simple mortel avec les inévitables blessures et addictions en tous genres... N'est pas Achille qui veut!

Pour en savoir un peu plus sur le sujet, pour voir des belles images bien énormes de football brutal, pour voir un bon film cynique sur un sport cynique, foncez vous procurer l'excellent Any Given Sunday, d'Oliver Stone, que je décrirais tout simplement comme l'Apocalypse Now du football américain.

24.8.07

L'archange immatériel : le Surfer d'Argent et les Quatre Fantastiques

Voici un post que j'avais entamé il y a plusieurs semaines, sans vraiment le terminer. Depuis, le film est sorti, et je l'ai vu. Donc je vous donne mes impressions avant de voir le film, et à la fin je fais une critique du film.


Dans une semaine sort le nouvel épisode dans la série des 4
Fantastiques: Les 4F et le Surfer d'Argent. J'irais le voir, par fidelité envers les comics, dans l'espoir de voir de belles images, mais sans grande conviction. La raison principale de mon absence d'enthousiasme? Le réalisateur. Le studio a confié les rênes de cette tâche monumentale à Tim Story, un faiseur, un tâcheron sans autre ambition que de satisfaire ses patrons (c'est-à-dire faire un film qui rapporte des millions sans faire de vagues). Après l'échec critique et commercial - un échec très relatif, puisque le film a quand même rapporté plusieurs dizaines de millions de dollars au B.O. - de Hulk, Marvel a décidé qu'il ne fallait plus confier ses personnages à des réalisateurs de talent, de peur que ceux-ci "détournent" les films pour mieux les intégrer à leur oeuvre.

Hulk, le film qui sonna le glas de la prise de risques chez Marvel?

Je veux bien admettre que Ang Lee soit peut-être allé trop loin dans sa ré-imagination du personnage de Hulk (en modifiant l'origine de son pouvoir, de façon à transformer son histoire en tragédie grecque), ce qui a dérouté tout le monde, mais je trouve que Hulk est un film incroyable, un film à part, un OVNI dans la galaxie des adaptations ciné des personnages Marvel. C'est un film complêtement délirant, schizophrénique, qui concilie introspection psychologique et destruction de tanks. Pour moi, c'est de loin le plus "intéressant" des films Marvel, et celui pour lequel j'ai le plus d'affection.
Bref, depuis qu'Ang Lee a tenté de fusionner les cinémas d'Ingmar Bergman et Michael Bay dans un seul film, Marvel ne prend plus de risques. Exit les fortes personnalités comme Bryan Singer et Sam Raimi ou Guillermo del Toro, on préfère les faiseurs comme Rob Bowman (Electra), Mark Steven Johnson (Ghost Rider), ou Tim Story (qui s'est fait connaître grâce au film-sitcom de blacks Barbershop et le remake américain de Taxi...).

Les Quatre Fantastiques dessinées par le roi des comics, Jack "The King" Kirby

Je n'ai pas vu le premier film de la série des 4F. J'en avais rien à faire, les critiques étaient pas fameuses. Pire encore, on a appris qu'après avoir vu Les Indestructibles, qui empruntait énormément d'éléments aux 4F, l'équipe du film a décidé de tourner une nouvelle fin pour que celle-ci soit plus spectaculaire ! Tout ça ne présageait rien de bon. Et pour finir, la goute d'eau qui à fait déborder le vase: le choix ridicule, absurde, de Jessica Alba pour incarner Sue Storm. Non, vraiment, rien à faire, ce film je ne le verrai pas.

Avec la suite, ça devient plus grave. Les auteurs ont décidé de faire appel à un personnage légendaire, le Surfer d'Argent. Son arrivée dans la série originale des 4F est considérée comme un des moments classiques dans l'histoire des comics. Avec le génial Stan Lee (scénar) et le légendaire Jack Kirby (dessins) aux manettes, les 4 Fantastiques est alors devenue "the world's greatest comic book", comme le promettait le slogan sur la couverture de chaque numéro. L'âge d'argent des comics avait commencé...

Silver Surfer se rebelle contre son maître Galactus dans Marvels, l'hommage rendu par Alex Ross et Kurt Busiek à l'Age d'Or de Marvel

Tout ça pour dire qu'on touche à quelque chose de sacré en s'attaquant au Surfer, et à son maître, l'incroyable Galactus, le "dévoreur de mondes" (une créature qui mange des planètes...ça, il fallait y penser). Le Surfer est lié historiquement aux Fantastiques, mais il a eu, à divers moments de son existence, sa propre série en solo. On pouvait donc l'introduire dans la saga des 4F, tout comme on aurait pu lui consacrer un film entier. A une époque, des rumeurs circulaient sur la possible adaptation cinématographique de ses aventures avec David O. Russell (Three Kings) à la réalisation. J'aurais adoré voir ce film-là. Malheureusement, dans la vie les choses ne vont pas toujours comme on le souhaiterai. A la place de la zen-attitude chaotique d'un Russell, on doit subir les fayoteries corporate de Tim Story pour s'attaquer à la plus sacrée des sagas. C'est un peu comme si on demandait à Michaël Youn d'incarner le général de Gaulle. Beurk.

Le Surfer d'Argent, un personnage tellement emblématique qu'il a inspiré des auteurs étrangers: Parable, écrit par Stan Lee et dessiné par Moebius (L'incal)

Ayant vu le film, je peux le dire: la franchise des Quatre Fantastiques est un énorme gâchis. J'ai vu le film il y a quelques semaines, et je ne m'en souviens plus. Le film n'a aucun intérêt. Ca fait mal de voir aussi peu d'ambition dans l'adaptation d'un des récits les plus ambitieux de Stan Lee et Jack Kirby. Le manque d'ambition de ce film est partout: dans un poster de film nullissime (on dirait un mauvais Photoshop)...


...dans une mise en scène passe-partout, dans une direction d'acteurs inexistante (je ne me remets toujours pas du choix de Jessica Alba, ce trou noir de talent), et surtout, une absence monstrueuse d'ambition qui se traduit dans le choix de na pas faire apparaître Galactus, le Dévoreur de Mondes. A la place, on a droit à un gros nuage qui détruit tout. C'est nul. Nul nul nul. Impossible de ne pas penser à Spider-Man ou X-Men pendant que je regardais le film. Le problème, c'est que le film de Tim Story ne peut pas survivre à une telle comparaison: que peut faire le conservateur et ultrachiant 4F face à l'inventivité exacerbée et à l'enthousiasme débridé de Spider-Man, face à la rigueur et au dynamisme de X-Men? Réponse: rien. Quel énorme gâchis.

Le vrai visage de Galactus, le Dévoreur de Mondes: un géant sans pitié

Je vous laisse avec le Surfer, qui cherche à nous mettre en garde, nous les Hommes, contre notre folie à essayer d'adapter ses aventures sans se donner les moyens de le faire correctement. Et dessiné par Jack Kirby, of course!


17.8.07

Voici une affiche géniale. Et ça, c'est la vérité, bébé !

L'affiche du film Michael Clayton, un thriller avec George Clooney, réalisé par Tony Gilroy, le scénariste de la série Bourne Identity/Supremacy/Ultimatum.

Cette affiche est très réussie, elle me donne envie de voir ce film. D'autant plus qu'au fond, cette affiche va plus loin que le film: devant une phrase pareille, comment ne pas penser à la politique américaine actuelle, à cette guerre qu'on a cherché à gagner à coups de slogans machos et qu'on est en train de perdre sur le terrain? "The truth can be adjusted": voilà le genre de truc qu'un néo-con serait capable de dire. Bande de connards.

Je ne sais pas si ce film est bon ou pas (je suis plutôt optimiste au vu du pedigree), mais j'apprécie le fait qu'il suscite une réflexion à la simple vision de l'affiche. Une fois de plus, on bien obligé de reconnaître qu'en temps de troubles, la création artistique est stimulée et stimulante. Plus le monde va mal, plus l'Art va bien.
"May you live in interesting times", comme le dit l'expression. Mais s'agit-il d'une bénédiction ou d'une malédiction?

2.8.07

Michaelangelo Antonioni (1912-2007)

Monica Vitti et Alain Delon dans L'éclipse

Michaelangelo Antonioni est mort le 30 juillet. Je l'ai découvert l'an dernier, grâce aux ressorties en salle de Blow-up et de Profession: reporter. Sa réputation était telle parmi les cinéphiles que j'avais un peu peur de l'aborder (j'avais surtout très peur que ses films soient très chiants. Ce qui n'était absolument pas le cas). Depuis que j'ai fait ce premier pas, ce cinéaste m'obsède. Visuellement, narrativement, ses films nous plongent dans des mondes étranges, autres. Il faut que je voie ses autres films. Il faut absolument que je rattrape mon retard!

13.6.07

I'm Rick James, bitch!

Voici une compilation de deux sketchs énormes, issus du Dave Chappelle Show, qui passait sur la chaîne Comedy Central il y a quelques années. L'humour décapant de Dave Chappelle fait toujours mouche, et tout particulièrement dans cette série de sketches intitulée "Charlie Murphy's True Hollywood Stories". Charlie Murphy, frère d'Eddie, raconte ses aventures dans les soirées du showbiz où il s'est incrusté grâce à son frère Eddie. Il nous raconte comment il s'est battu avec Rick James, et comment il a disputé un match de basket contre Prince. Murphy joue son propre rôle, et c'est Chappelle qui se déguise en Rick James ou Prince. Et c'est très très drôle. Le sketch avec Rick James est même devenu célèbre, et nous a donné la phrase-culte: "I'm Rick James, bitch!".

Et en guise d'épilogue, l'un des sketchs les plus énormes de Chappelle: l'histoire du klaniste noir.

A noter: Dave Chappelle a un petit rôle énorme dans Undercover Brother, un film que tout le monde devrait voir.

19.4.07

Look out! Here comes the Spider-Man!

Alors que ça fait deux mois qu'on a l'impression d'être coincés dans un désert cinématographique, inutile de paniquer! Parce que dans deux semaines, Spider-Man 3 arrive enfin!

Spider-Man, c'est la plus réussie de toutes les adaptations de comics au cinéma. C'est le pari réussi de confier le budget d'un blockbuster à un spécialiste du système D, et accessoirement fan du personnage, Sam Raimi. C'est l'idée géniale de mettre au centre du film deux acteurs plus habitués à des petits films d'auteurs, Kirsten Dunst et Tobey Maguire, pour donner à ces films si éxubérants et colorés une touche de réalisme, d'émotion sincère. Spider-Man, c'est une série de films qui a capté l'essence de ce qui rend le personnage aussi populaire en BD. Spider-Man est l'archétype du anti-héros à la Marvel.

Après la réussite éclatante du premier volet, et le surpassement de cette réussite dans le second volet, on est en droit d'être confiants pour le troisième épisode. Raimi a construit un véritable univers, dont les personnages, même secondaires, s'étoffent au fur et à mesure. On y retourne donc avec plaisir, curieux de découvrir comment ont évolué Peter, MJ, mais aussi Harry, Jonah Jameson ou le prof Connors...Le plaisir que l'on éprouve à retourner dans ce monde que l'on connait bien, il vient aussi de la nouveauté qu'on y trouvera. A l'image d'un Peter Jackson, Sam Raimi est un des seuls réalisateurs de blockbusters à se poser la question de la mise en scène de l'action: que voit-on? comment le voit-on? Voici les questions que se pose l'exigeant Raimi, qui cherche la nouveauté dans chaque plan. Le cinéphile blasé, qui croit avoir tout vu en matière de cinéma d'action, est sûr d'être surpris. Faire sortir le cinéphile blasé de son snobisme, c'est très très fort. Et ça, Sam Raimi est capable de le faire.

La force de cette série, par rapport à d'autres sagas superhéroïques, c'est que le conflit, le trouble, vient avant tout du personnage central, Peter/Spidey. Dans chaque film, le conflit intérieur fait avancer le film, et le rôle du (ou des) méchants est de venir exacerber ce trouble, de l'amplifier, ce qui se traduit en langage cinématographique par des bonnes grosses scènes de baston et d'explosions. Bref, les adversaires métahumains de Spidey sont presque accessoires! Ils sont là parce que tout film de comics qui se respecte se doit de contenir des scènes qui font monter l'adrénaline, les scènes où les super-héros, dieux vivants, accomplissent des exploits surhumains. Lire une histoire de super-héros, c'est se faire psychanalyser pendant qu'on s'accroche au char d'une montagne russe. L'adrénaline favorise l'introspection. Allez savoir pourquoi.


Ainsi donc, après avoir acquis ses pouvoirs (premier film) et avoir pris la pleine mesure de l'impact de Spider-Man sur vie (deuxième film), Peter est désormais heureux: les habitants de NY l'aiment, sa copine l'aime et connaît son secret...bref, tout va bien. Mais ce bonheur tant attendu est-il aussi solide que Peter le croit?

Mais attention. Je parle de cette série de films comme d'oeuvres d'art. Mais Spider-Man, c'est avant LA franchise de Sony. Celle qui à déjà rapporté près de 1,5 milliards de dollars dans le monde. C'est un mastodonte commercial, qui vient avec son lot de produits dérivés: jeux vidéo, costumes, jouets, lunchbox...et ça:


Je ne sais pas très bien ce que c'est, mais au fond je m'en fous un peu. C'est beau le marketing!

11.4.07

No, this is no bad dream

Ca y est, Children of Men sort enfin en DVD. L'occasion pour tous ceux (et ils sont nombreux!) qui l'ont loupé en salles pour enfin voir ce chef-d'oeuvre absolu, le film de SF le plus important depuis Matrix.


Là où Matrix se pose en pure fiction, qui réecrit l'histoire du monde à l'aide d'un thème classique (les machines ont vaincu les hommes, et ont fait des hommes leurs esclaves), Children of Men est un récit d'anticipation: il part des questions que se posent les pays développés aujourd'hui (comment lutter contre le terrorisme? comment gérer l'immigration?), et imagine ce que sera la Grande-Bretagne dans 20 ans, en 2027. Voilà la force de ce film, qui est capable de nous immerger dans un monde qui pourrait être le nôtre dans 20 ans.


A cet univers crédible, Cuaron ajoute un élément fictif: l'absence d'enfants. Depuis plusieurs années, plus aucun enfant n'est né. Pourquoi? On ne le sait pas. Qu'est-ce qu'un monde sans enfants? Un monde sans espoir. Un monde sans espoir est un monde sans avenir. Partout dans le monde, c'est l'anarchie. Seule l'Angleterre garde un semblant d'ordre, grâce à une politique ultra-sécuritaire et ultra-nationaliste. Les immigrés sont parqués dans d'énormes camps (de concentration?). Les gens sont encouragés à se laisser mourir. Les plus jeunes être humains font parti de groupes révolutionnaires terroristes. Privés d'avenir, ils tuent (littéralement) le temps en attendant la fin.


Mais Children of Men va plus loin que simplement construire un monde étouffant de crédibilité. C'est un thriller extrêmement efficace, une course contre la montre pour sauver l'humanité. Parce que la fin du monde n'est pas programmée. Parce que quelque part dans la campagne anglaise, une jeune femme est enceinte. Si on arrive à comprendre comment ce miracle a pu se produire, l'humanité va peut-être retrouver l'espoir qu'elle a abandonné il y a si longtemps. Clive Owen est recruté pour assurer la survie de la jeune femme. Il n'a aucune idée ce qui l'attend, et de ce qu'il devra faire pour sauver les hommes. Sera-t-il capable de redonner l'espoir aux hommes?

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Lire la critique du film sur l'excellent site américain Salon.com

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Update: le titre de ce post est (comme la majorité des titres de mes post) une référence à une chanson que j'aime: "Sheep", de Pink Floyd, que l'on peut trouver sur leur album Animals (1977). La référence me paraissait appropriée, puisque Animals est un album-concept du Floyd,qui s'inspire de l'univers du Animal Farm de George Orwell. L'influence orwellienne que l'on retrouve dans Children of Men, puisque le pouvoir politique de ce monde ressemble un peu à celui du Big Brother. Et dans Children of Men, on trouve une référence assez inhabituelle à Animals, ou plutôt à la jaquette de l'album Animals. A vous de regarder le film, et de me dire si vous avez repéré la référence!

10.4.07

Pay your surgeon very well to break the spell of aging...

Je repensais récemment au beau film américain Little Miss Sunshine. Un film à la fois très classique et très original, une variation sur le thème du road movie familial, et une vraie bouffée d'air frais...
En fouillant un peu dans la filmo des réalisateurs Valerie Faris & Jonathan Dayton, dont c'est le premier film, je me suis rendu compte que je les avais à l'oeil depuis très longtemps! Avant de tourner (enfin) leur premier film de cinéma, cette équipe avait tourné énormément de clips et de pubs. Et dans ces clips, il y a en beaucoup qui me sont restés, dont je me souviens encore, dix ans après les avoir vus pour la première fois. Je pense d'abord au superbes clips des non moins superbes morceaux Tonight, Tonight et 1979, des Smashing Pumpkins. Le clip de Tonight, Tonight, hommage au Voyage dans la lune de Méliès, m'avait particulièrement marqué par sa fantaisie, son humour, et parce qu'il me donnait l'impression de voir un vieux film de SF muet, mais en couleurs, avec pour bande son ce morceau très orchestral des Smashing.

L'influence du cinéma muet se retrouve aussi dans le clip de Other Side, la chanson des Red Hot Chili Peppers. La palette des couleurs se limite au N&B, avec des petites touches de couleur ça et là (les mèches blondes d'Anthony Kiedis, les lèvres/ailes rouges). On pense aux cinéma allemand des années '20, à Fritz Lang, à Murnau...

Pour la fantaisie et l'humour, on peut revoir avec plaisir All Around the World, de Oasis, un beau morceau dont le titre inspire au réalisateurs un clip en forme de tour du monde dans une soucoupe volante...qui nous rappelle le vaisseau spatial des deux amants de Tonight, Tonight!

Dans un registre un peu plus moderne, Faris & Dayton ont aussi réalisé pour les RHCP le clip/jeu vidéo de Californication, et l'amusant By The Way, avec sa course poursuite infernale entre un taxi et un 4x4.

Comme on peut le voir, le duo Faris-Dayton aime retravailler avec les mêmes artistes (ils ont aussi réalisé plusieurs clips pour R.E.M.), et contribue à construire les univers de ces artistes. On peut aussi apprécier chez eux la volonté de transformer les clips en récits. Chaque clip est un petit récit, avec un début et une fin. Pour ce faire, ils s'inspirent des mondes imaginaires crées par leurs illustres aînés (Méliès, Lang). Mais cela ne signife pas qu'ils négligent les mondes imaginaires plus modernes! Il suffit pour vérifier cela, de regarder le clip Freak on a leash, de Korn, qu'ils ont co-réalisé avec l'une des plus grandes stars des comics américains: Todd McFarlane, créateur de Spawn. Dans ce clip génial, qui mélange prise de vues réelles et animation, on observe au ralenti la trajectoire d'une balle de revolver... c'est l'ancêtre du bullet-time de Matrix!

......

Et enfin, deux clips qui n'ont rien à voir avec Faris et Dayton, mais que j'aime beaucoup. On reste dans des clips animés, qui se ressemblent pas mal alors que leurs styles musciaux respectifs sont plutôt éloignés: disco futuriste pour Madonna, et hard rock speedé pour les Queens of the Stone Age.


6.4.07

Say Goodbye to Hollywood

Hier soir, je suis allé voir Alpha Dog, le nouveau film de Nick Cassevetes. En gros, c'est du Larry Clark light, l'histoire d'un enlèvement qui commence comme une blague et qui se termine très mal.

Un mec (Jake) doit beaucoup d'argent à un autre mec (Johnny). Ce dernier décide donc, sur un coup de tête, de kidnapper le petit frère de Jake, Zack, pour forcer Jake a lui rembourser ce qu'il lui doit (on apprendra le montant exact de la dette à la fin du film). Si les personnages portent des noms de beaux gosses riches américains, c'est qu'ils le sont. Les "héros" du film sont des jeunes californiens friqués et idiots. Ils sont riches et idiots, leurs maisons ont toutes une piscine, leurs parents sont absents ("Ecoute ma chérie, je suis sous ecsta là, je peux vraiment pas te parler, OK?") et idiots aussi, ils boivent beaucoup, ils font la fête, ils prennent de la drogue, ils ont des armes...on sait comment ça va se terminer: mal. Bon, comme je savais que le film était tiré d'événements réels, je savais aussi comment ça se terminait. Donc, je me suis un peu emmerdé. D'autant que dans la plupart des scènes de déconnades et de fêtes, je n'étais pas bourré avec les mecs à l'écran, donc forcément, j'ai eu du mal à ne pas les trouver lourds.


Le problème avec ce film, c'est qu'on arrive pas vraiment à s'accrocher. On arrive pas à trouver un point d'ancrage. Nick Cassavetes a changé les noms des personnages, mais il respecte le déroulement des événements sans céder à la tentation d'enjoliver le récit ou bien de "formater" les personnages pour en faire des archétypes (ex: la brute au grand coeur, le couard qui révèle son courage à la fin du film,...). Résultat: les personnages sont tous uniformément cons. La seule différence entre eux, c'est que certains cons sont énervés, d'autres sont peace. Pendant un moment, on se dit que Frankie, le personnage de Justin Timberlake, va peut-être devenir la bonne conscience du groupe, et faire comprendre à tout le monde qu'il faudrait arrêter de déconner. Et puis non, c'est quand même plus simple d'obéir aux ordres de son pote.

Bref, Alpha Dog, c'est Bully en plus glamour, en plus habillé, et à peine moins malsain (les personnages sont un peu plus agés, et moins vicieux pour la plupart, c'est peut-être ça la différence). Mais comme chez Larry Clark, on a envie de demander: "Pourquoi?". A part comme excuse pour exhiber des beaux corps sous le beau soleil californien, à quoi ça sert de raconter cette histoire? Le suspense n'en est pas un, puisqu'on sait qu'il s'agit d'un fait divers. Le film n'apporte rien de vraiment neuf au cinéma. Ne serait-ce que parce que Larry Clark à déjà abordé ces thêmes de façon plus crue il y a bien longtemps!
Preuve absolue de l'incapacité de ce film à vraiment me passionner: j'avais du boulot à finir après le ciné, j'avais une réunion à préparer, ce qui me stressait un tout petit peu (juste ce qu'il faut, hein!)... eh ben pas longtemps après le début du film, je me suis mis à penser à ce que je devais préparer pour ma réunion, et bam! C'était fichu, j'arrivais plus à me sortir la réunion de la tête. C'est vraiment un signe qui ne trompe pas.

MAIS, car il y a un MAIS, n'oublions pas une chose essentielle: un film de ce genre, c'est avant tout une affaire d'acteurs. Et il faut reconnaître que le casting est excellent, et qu'il parvient à nous étonner, nous émouvoir, malgré la faiblesse du scénar. Les acteurs confirmés, Sharon Stone et Bruce Willis, sont parfaits. Emile Hirsch (héros de Girl Next Door) est très convaincant dans le rôle du "caïd" de 20 ans, qui effraie malgré son visage de gamin. Ben Foster montre une fois de plus son talent pour jouer des mecs complêtement dingues. Il prend manifestement beaucoup de plaisir à incarner ce junkie speedé à deux doigts du pétage de plombs. Son jeu est complêtement, délicieusement over the top. C'est assez savoureux à regarder (le meilleur pétage de plombs de Ben Foster, c'est dans Otage, un assez bon film qui mériterai que je lui consacre une chronique). Et enfin, la surprise du film: Justin Timberlake, complêtment naturel dans le rôle du mec gentil qui se retrouve piégé par sa stupidité (et par celle de ses amis). L'aisance qu'il a devant la caméra, du début jusqu'à la fin, fait plaisir à voir. J'espère qu'il sera aussi bon (il paraîtrait que oui) dans Southland Tales, de Richard Kelly. Enfin, il faudrait déjà pouvoir être sûr qu'on va voir Southland Tales, ce qui n'est pas gagné.

Bref, un film sans réel intérêt, qui contient quelques bons moments. C'est dommage d'avoir pu réunir un tel casting sans avoir un vrai scénar. Tant pis!

3.4.07

But we're never gonna survive, unless...we get a little crazy...

S'il y a bien une chose que le succès du dernier James Bond aurait du permettre, c'est de mieux faire connaître un petit bijou du polar anglais, Layer Cake. Réalisé par Matthew Vaughn, Layer Cake est le film qui a permis à Daniel Craig de décrocher le rôle de l'espion anglais. Une carte de visite, en quelque sorte, un peu comme le film Croupier, qui avait rendu Clive Owen crédible en smoking, et fait de lui, pendant un temps, un candidat très sérieux à la succession du rôle tenu jusqu'alors par Pierce Brosnan.

Ce que partagent Craig et Owen dans leur films respectifs, c'est un certain charme, une certaine assurance, et surtout, une sacrée classe! Dans Layer Cake, Daniel Craig incarne un trafiquant de drogue élégant et intelligent, un cynique à qui on ne la fait pas, qui se considère avant tout comme un businessman. Discret, efficace, il est un intermédiaire précieux dans le trafic qui a su gagner le respect de ses pairs grâce aux rêgles strictes qu'ils s'est donné, et qu'il suit à la lettre. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, et pour montrer à quel point il est malin, XXX (c'est son nom au générique) a décidé de prendre sa retraite prochainement. Il va encaisser ses gains et disparaître, et il pourra commencer une nouvelle vie. XXX est peut-être malin, mais il n'a pas vu beaucoup de films de gangsters. S'il l'avait fait, il le saurait: personne ne s'échappe du milieu. Quand t'y es, c'est pour la vie, mon coco! Il suffit d'écouter la colère du vieux Michael Corleone, qui pensait en avoir terminé avec le bizness: "Just when I thought that I was out, they pull me back in!".

La trame du film Layer Cake est plutôt classique : trahisons, secrets, retournements de situation, violence gratuite...tous les ingrédients y sont! Mais ce qui distingue Layer Cake, c'est qu'il s'agit, à l'image de son héros, d'un film élégant et maîtrisé. Loin des expérimentations visuelles et des effets "in your face" d'un Guy Ritchie, dont il fut le producteur sur Lock, Stock... et Snatch, Matthew Vaughn nous offre une mise en scène fluide, classieusse, aidée par un montage tout en finesse, et surtout, une B.O. formidable, utilisée de façon extrêmement efficace. Je repense à la seule déception que j'avais par rapport à The Departed: les morceaux de la B.O. étaient superbes (le goût de Scorsese est impeccable), mais ils n'étaient pas forcément bien agencés par rapport au montage. Certains étaient même utilisés un peu maladroitement. D'ailleurs, un lien direct existe entre les deux B.O.: le morceau Gimme Shelter, des Rolling Stones. C'est cette bande sonore qui m'a donné envie de parler de Layer Cake.


Commençons par Gimme Shelter, "morceau préféré de Scorsese"(TM), utilisé magnifiquement par Vaughn pour illustrer la (trop brève) apparition de la délicieuse Sienna Miller. Là où Scorsese utilise Gimme Shelter dans The Departed, c'est comme accompagnement au monologue d'ouverture de Jack Nicholson, qui raconte le monde dans lequel il a grandi, un monde de bouleversements intenses (l'Amérique des années '60-'70: émeutes raciales, guerre au Vietnam...). La chanson des Stones, parue dans l'album Let It Bleed (1969) décrit elle aussi , cette époque, avec un vocabulaire apocalyptique (guerre, violence, incendies, inondations...). Bref, on a donc une correspondance totale entre le morceau et la séquence. Dans Layer Cake, c'est l'inverse: le protagoniste, XXX, est dans la merde. Tous ses plans de retraite tranquille sont en train de tomber à l'eau, il est rejeté par tous ceux dont il croyait être l'allié, et un tueur serbe veut sa peau. Bref, ça va pas. Mais dans cet océan d'emmerdes, il rencontre Sienna Miller. Et ça va mieux. L'attraction est réciproque, les deux se retrouvent dans une chambre d'hôtel, et notre héros va pouvoir (enfin) oublier tout ce qui ne va pas; il va trouver ce que demande déséspérement Jagger dans Gimme Shelter: un abri de la tempête. Tout autour de lui, c'est la tempête, et là, avec Sienna, il va échapper à cette tempête. Problème: des malfrats retrouvent sa trace, et l'enlèvent de force au moment ou Sienna sort de la salle de bain dans un superbe ensemble de lingerie avec porte-jarretelles. C'est trop con! Le shelter n'a pas été à la hauteur. Pas un instant de répit n'est accordé notre gentil dealer.
Un autre morceau formidable, utilisé à très bon escient, c'est Ruthless Gravity, de Craig Armstrong, un compositeur de B.O. Ruthless Gravity est le premier morceau de son superbe album As If To Nothing, Bon, c'est facile (et un peu hype aussi!) de choisir du Armstrong pour illustrer une scène de film, mais ça n'en est pas moins efficace. Ruthless Gravity, c'est le morceau qui accompagne la lente descente aux Enfers de XXX, qui r
egarde sa télé comme un zombie et avalant des cocktails whisky+médocs. Ecrasé par sa situation, il donne l'impression de s'effriter, de s'écrouler. Le morceau d'Armstrong contribue à créer un sentiment d'oppression grandissant. XXX est poussé jusque dans ses derniers retranchements. Le seul moyen de mettre fin à cette spirale infernale, c'est de violer un de ses principes les plus anciens: ne jamais utiliser de flingue. Et là, au moment où le tabou est brisé, le morceau explose. La pesanteur devient tout d'un coup moins oppressante, et XXX peut enfin relever la tête, prêt à en découdre avec tous les enfoirés qui l'empêchent d'accomplir son objectif. Yeah!

Et dans le rôle de Sidney le loser, Ben Whishaw, le Grenouille du Parfum de Tykwer!

Mais le morceau qui m'a le plus marqué, dans ce film , c'est Ordinary World, de Duran Duran. Le morceau se fait d'abord entendre à la radio du petit café dans lequel XXX et un de ses potes mangent un morceau, tout en faisant le point sur la précarité de leur situation. C'est là que débarque un clodo qui reconnait le comparse de XXX, et lui demande un peu d'argent, "en souvenir du bon vieux temps". Sans que l'on sache pourquoi, le comparse cède, et offre le déjeuner au clochard, un vieil ami à lui. On sent un malaise, et tout d'un coup, c'est l'explosion: le comparse de XXX se jette sur le clochard, et entreprend de lui démolir la figure. Ordinary World passe alors au premier plan sonore, à tel point qu'on entend plus que ça. Le point de vue du film change aussi: on passe de plans d'ensemble à un point de vue à la première personne, celui du mec qui est en train de se faire casser la gueule. On a même l'effet de ses yeux qui s'ouvrent et se ferment sous l'effet de la douleur. Bref, la confusion est totale, et le rythme de la scène suit le rythme de la chanson, avec ses creux, ses remontées, et ce génial riff de guitare qui "descend", qui "plonge", une sorte de mélodie fataliste qui annule la possibilité d'accéder au "ordinary world", à la normalité, au bonheur...la musique fataliste annonce que la quête du chanteur est vouée à l'échec...Encore une fois, le morceau en lui-même trouve un lien avec la scène, puisqu'on y parle d'un mec qui a perdu pied, qui a perdu ses répères, et qui cherche à retrouver le chemin vers un "monde ordinaire", loin des démons de son passé...cette quête, c'est bien celle de XXX, qui cherche à échapper au monde auquel il appartient (celui du trafic de drogue) pour devenir un bourgeois ordinaire, respectable. Lui qui ne considère pas la coke comme un produit hors du commun (cf. son fantasme à la Fight Club où il se voit dans un supermarché où tous les rayons sont remplis de paquets au design stylé...qui contiennent de la cocaïne!) ne rêve que de respectabilité. Layer Cake, c'est la croisée des chemins pour XXX, le moment où les choix qu'il va faire vont influencer tout son avenir: va-t-il survivre à ses ennuis (mortels) et devenir un baron de la drogue, ou va-t-il tout envoyer balader?

La dernière chose sur laquelle je me permets d'insister à propos d'Ordinary World, et je permets d'insister parce qu'elle élève la chanson au panthéon des meilleurs chansons pop de tous les temps, c'est son aspect autobiographique pour Duran Duran. Duran Duran, c'est l'incarnation des années '80: coiffures bizarres, fringues fluos, abus de synthés...bref, c'était tellement typé qu'on pouvait se demander comment le groupe survivrait à cette décennie. Et ce qui devait arriver, arriva: quand la pop synthétique des années '80 est devenue has been, Duran Duran ne s'en est pas vraiment remise. Eux qui remplissaient les stades, on les entendait plus, et leurs albums se sont plantés, on les croyait enterrés. Mais, comme un sursaut, ils pondent en 1992 The Wedding Album. Et de cet album, on entend deux bons singles, Come Undone, et, surtout, Ordinary World. Le héros de Ordinary World, c'est le groupe Duran Duran. Après une décennie de succès, Duran Duran réapprend à vivre dans un monde qui a changé, et cherche à faire le point sur le passé pour mieux envisager l'avenir. La force d'Ordinary World, c'est ça: une sincérité profonde, touchante. Une chanson en guise d'aveu, et de résolution. Un groupe qui nous fournissait autrefois de la soupe insipide nous envoie enfin un message sincère. Comment ne pas être ému?

Le clip d'Ordinary World.



31.3.07

Chuck Norris does not sleep. He waits.

Comme le dit le très matinal cuistot du Télé Matin des Inconnus, "un brin d'humour ne fait jamais de mal". Par contre, ce qui fait mal, pour ce cuistot, c'est les hachoirs. Un autre truc qui fait mal, c'est Chuck Norris! Humour et douleur sont les éléments-clé de notre cocktail d'aujourd'hui!

Qui est Chuck Norris?

Chuck Norris est un champion de karaté, une star de films d'action des années '80, et un Dieu de la Toile. Partout sur Internet, on trouve des sites à la gloire de celui qui résoudre n'importe quel problème du monde à l'aide de son célèbre coup de pied circulaire, le "roundhouse kick". Des sites entiers sont consacrés à la puissance du karaté guy barbu. Sur ces sites, on peut trouver une liste exhaustive des Hauts Faits accomplis par le Chuck.

Extraits:
There is no such thing as global warming. Chuck Norris was cold, so he turned the sun up.
Chuck Norris does not sleep. He waits.
Chuck Norris doesn’t wear a watch, HE decides what time it is.
Contrary to popular belief, America is not a democracy, it is a Chucktatorship.
Chuck Norris is so fast, he can run around the world and punch himself in the back of the head.
When Chuck Norris does a pushup, he isn’t lifting himself up, he’s pushing the Earth down.
Eh oui, c'est comme ça que ça marche aujourd'hui: tu fais des mauvais films d'action dans les années '80, et vingt ans plus tard, tu deviens une légende vivante de la Toile. Ta puissance est sans limites. Tu n'es plus seulement un acteur, tu es maintenant un gourou!

Les films de Chuck Norris

Pour mieux connaître ces fameux mauvais films qui ont fait la gloire du Chuck, on peut aller voir sur l'excellent site Nanarland, "le site des mauvais films sympa". On y trouve la critique de plusieurs films du Chuck, notamment celle de Braddock: Missing in Action III. Attention, il ne s'agit pas de n'importe quel film pour Chucky: c'est avec la série des Missing in Action que l'ancien champion (et prof) de karaté est devenu une action star, capable de soutenir une franchise.
Comme l'indique le titre, Braddock (le héros) doit retourner au Vietnam pour sauver ceux qui ont disparu "dans le feu de l'action", c'est-à-dire ceux qui ont été faits prisonniers...bien entendu, MIA n'est pas la premier film à utiliser cette excuse pour faire un film d'action dans un Vietnam où la guerre ne serait toujours pas terminée: le scénar de Rambo II est exactement le même! On n'oubliera pas de préciser que ces deux séries de films ont été produites par les rois du mauvais film d'action décadent et nihiliste des années '80, les infâmes Yoram Globus et Menahem Golan.

Bref, dans le troisième volet de la saga Missing in Action, Braddock commence à sérieusement manquer de personnes à sauver, vu l'excellent boulot qu'il à fait dans les deux premiers films! Donc, ça vire au n'importe quoi: il faut désormais sauver les pauvres métis, les enfants que les soldats américains ont eu avec des vietnamiennes, parce que l'armée vietnamienne ne les aime pas. Bref, le film est mauvais, la franchise est fatiguée, mais au milieu de cette déchéance, on trouve un moment d'éloquence sublime, le genre de phrase à sortir en soirée quand un mec te fait chier: "Je mets les pieds ou je veux, et souvent, c'est dans la gueule".

Ecouter la réplique qui déchire!

Excellente chronique de Nanarland.com sur ce mauvais film sympa.

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Bon, on a bien rigolé avec ce bon vieux Chuck, mais il ne faut pas oublier qu'il mérite quand même notre respect de geek. Pourquoi? Grace à une scène, dans un film, qui est capable, à elle seule, de rattraper tous les mauvais films et les mauvaises séries qu'il a tournés. Cette scène, c'est l'affrontement final, dans le Colisée, entre Bruce Lee et Chuck Norris, dans La Fureur du Dragon (1972, Bruce Lee).

Dans le film, Bruce Lee visite sa famille, qui habite à Rome. Il découvre vite que sa famille subit le racket de méchants gangsters orientaux. Bruce décide donc d'affronter ces gangsters, un à un. Terrorisés par la puissance de Bruce Lee, les gangsters font appel à un karatéka américain, Colt (Chuck Norris). L'affrontement à lieu dans un Colisée vide (la scène à été tournée sur place, à Rome!), ce qui lui confère une dimension mythique, mythologique. Deux titans se font face. L'affrontement est long et sanglant, et les deux adversaires sont presque à égalité. Ce duel ne peut se terminer que par la mort de l'un des combattants. C'est un affrontement entre deux acteurs devenus légendaires (pas forcément pour les mêmes raisons), et il ne déçoit pas. Comme quoi, la puissance légendaire de Chuck Norris n'est peut-être pas si artificielle que ça...


29.3.07

Neodämmerung

Un ami m'a envoyé récemment le lien vers une page avec les meilleurs monologues du cinéma américain. La liste est de qualité, bien sûr, mais il n'y a rien de vraiment surprenant dans les choix: "J'adore l'ordeur du napalm au petit matin..", etc. Il y a un monologue que j'adore, et qui a le malheur de se trouver dans une des suites les plus honnies de ces dernières années: The Matrix: Revolutions.


J'adore Revolutions: malgré quelques gros défauts, il y a dans ce films suffisamments de moments sublimes pour qu'on le revoie avec plaisir. Et dans ces moments sublimes, il y a le monologue final de l'Agent Smith. Celui-ci semble avoir vaincu Neo en combat singulier, et comme tout bon Méchant qui se respecte, il raille son adversaire à terre. Voilà ce que ça donne:

Agent Smith: Why, Mr. Anderson? Why do you do it? Why get up? Why keep fighting? Do you believe you're fighting for something? For more that your survival? Can you tell me what it is? Do you even know? Is it freedom? Or truth? Perhaps peace? Yes? No? Could it be for love? Illusions, Mr. Anderson. Vagaries of perception. The temporary constructs of a feeble human intellect trying desperately to justify an existence that is without meaning or purpose. And all of them as artificial as the Matrix itself, although only a human mind could invent something as insipid as love. You must be able to see it, Mr. Anderson. You must know it by now. You can't win. It's pointless to keep fighting. Why, Mr. Anderson? Why? Why do you persist?

Neo: Because I choose to.

Wow. J'aimerais pouvoir être aussi éloquent. On à souvent accusé la série des Matrix de prétention, mais ça change quand même, d'avoir des films à gros budget où les dialogues sont aussi soignés que les scènes d'action. Evidemment, si Smith parle aussi bien, c'est qu'il s'écoute parler. Sûr de lui, en vainqueur, il ne peut s'empêcher de se délecter de l'inéluctable défaite de son ennemi intime, son adversaire de toujours, Neo.



Cet échange résume à lui seul toute la trilogie, où la question du choix (donc du libre arbitre) structure le récit (Matrix est un film-jeu vidéo). Neo choisit d'accepter sa destinée, de prendre la pillule rouge et de mener la rebellion des humains contre la Matrice. Neo choisit de ne pas faire ce que lui ordonne l'Architecte, pour trouver une troisième voie pour mettre fin une fois pour toutes au conflit entre humains et machines. Et à la fin, Neo choisit la coexistence pacifique avec les machines, pour sortir du cycle infernal des "reload".

L'Agent Smith est un programme comme les autres qui deviendra, au contact de Neo, humain. Humanoïde. Mais un humain bancal, un hybride, qui ne parvient pas à se débarasser de la mission qui lui était assignée, "programmée", dans sa vie antérieure (détruire Neo, pardon, Mr Anderson), et qui, en devenant "libre", n'arrive à trouver de la jouissance que dans un narcissisme profond ("Me. Me, me, me, me. And me") qui consiste à faire le vide autour de lui, à tout démolir pour devenir le centre de l'univers et remodeler le monde à son image: "Like what I've done with the place?". Quitte à provoquer une instabilité grandissante du système, et la destruction du monde. Bref, face au danger posé par Smith, Neo et les machines s'allient pour le vaincre. La symbiose est telle entre humains et machines que la destruction de la Matrice serait une catastrophe pour les deux peuples.

N'oublions cependant pas que si ce monologue est si frappant, c'est grâce à l'immense Hugo Weaving, interprête de l'Agent Smith. Cette voix incroyable, ce jeu tout en violence contenue, l'impression que dégage Smith de tout contrôler, tout en étant impuissant face à la détermination de son adversaire...Pas de doute, Hugo Weaving a crée l'un des méchants les plus intéressants du cinéma. Toute la vanité et la complexité de Smith se trouvent là-dedans, dans ce monologue final, un monologue de la victoire qui se transforme tout d'un coup en incroyable aveu d'échec. Malgré tout son pouvoir, Smith est incapable de comprendre son adversaire. Comme il ne sait pas ce que veut Neo, il ne peut pas lui faire de mal. En ça, Neo à gagné. Et l'Agent Smith nous prouve que l'hubris n'est pas l'apanage des hommes. Même une machine peut y succomber. Avec les conséquences que l'on connaît.


Bref, pour résumer l'affaire, on pourrait simplement citer un membre de YouTube, qui à décrit cette scène avec des mots tout simples: "Best villain monologue of the 21st century".

19.3.07

Riders on the storm...


Ghost Rider, de Mark Steven Johnson.
Alors oui, j'ai fini par céder, et je suis allé voir Ghost Rider. Et c'était beaucoup mieux que je ne l'imaginais!
Evidemment, tous ceux qui ont vu le Daredevil du même réalisateur pouvaient craindre le pire. M.S. Johnson décidait de s'attaquer, après l'homme sans peur, au "cavalier sans tête", un de ses "personnages Marvel préférés". Vu le résultat de Daredevil, on pouvait craindre le pire:
- des références à tour de bras (tous les personnages secondaires portaient le nom des célèbres auteurs et dessinateurs du personnage, c rigolo au début, ça devient vite pénible/lourd)
- un respect quasi-religieux de l'histoire d'origine, racontée chronologiquement, sans oublier/modifier le moindre détail, ce qui, encore une fois, alourdit le film et l'empêche de démarrer sur les chapeaux de roues.
- une mise en scène peu inspirée
- et surtout, le truc qui m'irrite énormément quand j'y repense : la bande-son n'est composée que de tubes du top 50 de 2002, ce qui a pour effet de dater le film considérablement. Bon, ça a permis à Evanescence de se lancer (2 morceaux, futurs singles à succès, sont dans des scènes-clé du film), mais ça trivialise, ça "contemporéanise" considérablement un film de super-héros qui se doit d'avoir une profondeur mythologique s'il veut durer...la force des super-héros Marvel, c'est de nous émouvoir encore aujourd'hui, 40 ans après leur création!

Tous ces facteurs ne font pas de Daredevil un mauvais film, juste un film médiocre, peu enthousiasmant, qu'on a pas forcément envie de revoir. C'est une sorte de "passage obligé", un pot-pourri de tous les personnages-clé de l'univers de Daredevil (Elektra, Bullseye, Kingpin, Karen Page...), comme une liste dont on cocherait les cases au fur et à mesure. M.S. Johnson n'a pas le génie d'un Sam Raimi, qui parvient à rendre excitante l'origine que tout le monde connait, celle de Spider-Man, tout en respectant à la lettre toutes les étapes du récit d'origine.

La bonne nouvelle pour Ghost Rider, c'est qu'il est nettement plus inspiré que Daredevil. Le Rider, personnage de seconde zone dans l'univers Marvel, ne possède pas la même notoriété que Spidey (ou, dans une moindre mesure, que Daredevil), ce qui a permis a Johnson de prendre des libertés avec la conception du personnage, en intégrant les meilleurs éléments des différentes versions du Ghost Rider. Libéré, Johnson l'est aussi de lui-même: après un premier film de super-héros sous le bras, le réalisateur possède plus de recul, et surtout, plus de confiance en lui. Ghost Rider est un film enthousiaste, un film bourré d'énergie et d'humour. Personne ne se prend au sérieux, l'ambiance est décontractée. Même si cette énergie ne fait pas forcément de Ghost Rider un bon film (on passe autant de temps à rire du film qu'à rire avec lui) on passe quand même un moment agréable. Les effets spéciaux sont formidables (le feu est un des choses les plus difficiles à reproduire en images numériques), Nic Cage est complêtement dingue et Eva Mendes est fort charmante. Par contre, le méchant démon Blackheart ressemble à un jeune zombie d'Elvis. Donc on se marre. Ghost Rider est un nanar à se mater entre potes, pour rigoler un bon coup.

29.1.07

Best of 2006

Voici donc, avec un peu de retard, ma liste des meilleurs films de 2006...ce n'est pas tout à fait terminé, j'ai pas encore écrit tout ce que j'avais écrire.

L'année 2006 aura été exceptionnelle. Beaucoup de films dignes d'intérêt, beaucoup de bonnes surprises, et surtout, beaucoup de futurs classiques...Un excellent cru. Un simple classement m'a paru un peu réducteur, ce pourquoi je vais essayer de dresser un panorama un peu plus large...

Les merdes : Wassup Rockers, L'âge de glace 2
Wassup Rockers
, où "quand Larry Clark se caricature". On peut ne pas aimer les films de Larry Clark pour leur contenu, mais on ne peut pas ne pas reconnaître son talent visuel. Esthétiquement, les films de Clark avaient qqchose d'intéressant à montrer, à dire. Jusqu'à Wassup Rockers: tandis que le récit passe du ridicule au grotesque, l'amateur de belles images n'a plus rien à se mettre sous la dent, repoussé par fascination malsaine qu'exercent sur Larry Clark les corps adolescents. Beurk.
L'âge de glace 2 est un film pénible, bourré des clichés ethniques que les mauvaises comédies américaines nous ressortent à chaque fois (exemple type: la mammouth "black", rigolote et cool, qui décoince le mammouth "blanc" coincé). Mais au milieu de ce film sans imagination, il y a des séquences muettes, avec l'écureuil et la noix qu'il essaye désespèrement d'attraper. Ce cousin animal de Buster Keaton mériterait, lui, un film.

Les déceptions: V pour Vendetta, Marie Antoinette, Ne le dis à personne, Les Particules élémentaires...et Superman Returns (que j'ai apprécié sur le moment, mais en y repensant...je n'ai pas spécialement envie de le revoir).

Les bonnes surprises : Souris City, Happy Feet, Du jour au lendemain, Prête-moi ta main, Borat, Tournage dans un jardin anglais, Thank You for Smoking, La Science des rêves, Lady Chatterley...

Les films "solides": The Departed, Inside Man, Casino Royale, Déjà Vu, M:I-3, Pirates des Caraïbes 2, 16 blocs, Lord of War, Constant Gardner, Le Prestige...Little Miss Sunshine, Les Berkman se séparent...
Ce sont des films de genre de très très bonne facture. Sans réinventer le cinéma, chacun de ces films apporte une fraicheur au genre dans lequel il se situe: scénarios bien ficelés, castings de qualité...ces films-là, sans forcément innover, remontent la moyenne. Spike Lee ne perd rien de son énergie contestatrice quand il met en scène Inside Man, "heist movie" ultime aux connotations politiques. Denzel Washington, Clive Owen et Jodie Foster sont parfaits. Martin Scorsese renoue avec le film de gangsters dans The Departed, qui, sans atteindre le statut de chef-d'oeuvre absolu de Goodfellas, fait passer un très bon moment au spectateur. Encore une fois, tous les acteurs sont excellents. Casino Royale réussit l'exploit de réinventer la franchise tout en respectant un cahier des charges contraignant. Daniel Craig accède enfin à la notoriété qu'un acteur de son talent mérite. Déjà Vu réaffirme le talent de metteur en images de Tony Scott. Après s'être égaré dans ce monstrueux bordel qu'est Domino, Tony Scott revient avec un film qui est plus mesuré, mais qui n'en est pas moins efficace. Action, émotion, tout y est, et avec un Denzel Washington au top, on ne peut pas se tromper.

Little Miss Sunshine
et Les Berkman se séparent sont aussi, en quelque sorte, des films de genre, même s'il s'agit de genres un peu moins clairement identifiés: le road-movie familial et le "film indé US sur le passage à l'âge adulte". Ces films sont de vrais bijoux, qui parviennent à respecter les rêgles de leur genre:
Little Miss Sunshine respecte non seulement les attentes du spectateur, mais acquiert une vraie profondeur a travers son discours sur les valeurs qui structurent nos vies aujourd'hui: qu'est-ce que la réussite? à quoi sert la famille? qu'est-ce que la beauté? Toutes ces questions sont dans le film, et l'on peut choisir d'y faire attention ou pas. L'exploit de ce film, c'est d'être à la fois léger comme l'air et profond comme l'océan...
La force des Berkman se séparent vient de sa nature intensément personnelle. On sent bien que le réalisateur-scénariste Noah Baumbach exorcise les démons de son passé, ce qui donne au film une dureté, une cruauté, qui font qu'on s'en souvient. Même s'il n'est pas forcément très surprenant dans ce qu'il s'y passe, la charge émotionelle est très forte.

Les futurs classiques (ou, en anglais, les "instant classics") : Children of Men, Le Labyrinthe de Pan, The Fountain, OSS 117, Syriana, Babel, The Host, Vol 93, Miami Vice, The New World.
Et voilà, une année où l'on a près de 10 classiques potentiels, c'est énorme! Ces films sont tous très différents, mais ce qui les rassemble, à mes yeux, c'est une forme de perfection, d'aboutissement. On fera difficilement mieux.

Children of Men
réinvente la SF, en proposant un futur pas trop éloigné, et pas si fantaisiste que cela. A l'image d'un Alien, d'un Mad Max, ou d'un Blade Runner, Children of Men nous propose une nouvelle vision cinématographique du futur. Et comme tout bon récit de science-fiction, il utilise un récit situé dans le futur pour nous faire penser au présent. L'apocalypse de Children of Men, ce n'est pas la Terre ravagée par une guerre nucléaire, mais la mort de l'humanité elle-même: les femmes ne sont plus fertiles depuis 20 ans, et l'humanité, désespérée, se meurt. Ce décor novateur sert de cadre à un film d'action haletant, une course contre la montre dont on ne sait jamais comment elle va aboutir. Et comment ne pas mentionner la virtuosité technique de ce film, dont les plans-séquence interminables sont d'ores et déjà des classiques? Children of Men est un chef-d'oeuvre absolu: la rencontre, trop rare, entre un récit original, frais, nouveau, et une approche formelle radicale et novatrice. Peut-être le meilleur film de 2006, toutes catégories confondues.

L'année 2006, c'est aussi l'année de l'explosion des "Trois amigos": Alfonso Cuaron, Alejandro Gonzalez Innaritu et Guillermo Del Toro. Ces trois mexicains sont des cinéastes de qualité et de très bons amis. Chacun participe artisitiquement et/ou financièrement aux films des autres (Cuaron fait partie des producteurs de Pan, Del Toro aurait inspiré à Innaritu la fin de son premier film, Amores Perros). Cette année, chacun à sorti son chef-d'oeuvre. Le Labyrinthe de Pan, comme L'échine du diable, permet a Del Toro de mélanger un contexte historique précis (l'Espagne pendant la Seconde Guerre Mondiale) et une histoire fantastique ("l'initiation" d'une jeune fille, princesse exilée d'un royaume magique). L'équilibre entre ces deux éléments est parfait, et le film est d'une beauté et d'une originalité à couper le souffle. Comme Pan représente l'aboutissment du "style Del Toro", Babel représente lui aussi l'aboutissment du "style" Innaritu/Arriaga (le scénariste de ses trois premiers films). Dans Babel, l'ambition est dans un scénario qui se déroule sur 3 continents différents, mais aussi dans une mise en scène inspirée, qui parvient a concilier l'immédiateté nécessaire à l'impact émotionnel (on EST au Maroc, au Japon, on ASSISTE à ce marriage au Mexique, dans des paysages que le cinéma ne donne pas forcément à voir très souvent) et la liberté qui permet des envolées lyriques extraordinaires. C'est de l'Art. Un film qui reste avec vous.

Pour la beauté lyrique pure, pour les films qui se rapprochent le plus de "poêmes visuels", on se souviendra longtemps de The Fountain et The New World. Dans The Fountain, chaque plan est original, tous les choix de mise en scène contribuent à écrire une grammaire spécifique au film. Si l'histoire, qui manie sans humour des Grands Thèmes comme la Vie, l'Amour, et la Mort, on est en droit de craindre le pire. Il n'en est rien. Les interprêtes sont formidables, le film bouleversant. Un film d'une grande fraicheur, qui ne ressemble à aucun autre. The New World est l'exemple réussi des bonnes vieilles méthodes utilisées avec savoir-faire. Terrence Malick ne cherche pas l'artifice, mais il parvient, par le biais d'un travail irréprochable sur la technique (photo superbe, son extrêmement travaillé) à nous faire rentrer dans la peau des personnages. L'effet "poême" est accentué par une utilisation magnifique de la voix off, qui révèle les pensées des personnages qui ne peuvent pas toujours se comprendre: le mélange des images, de la musique, et de la voix off des personnages, est sublime.

Syriana
: j'ai tellement aimé ce film que je suis allé le voir au cinéma deux fois. Le deuxième visionnage était un pur bonheur: débarassé de "l'angoisse du récit", j'ai pu voir tous les fils de l'intrigue s'emmeler et se démeler, et j'ai pu mieux faire attention à certains éléments qui m'avaient échappé la première fois. L'intrigue est complexe, mais comme il faut: tout est expliqué, tout est compréhensible. Parfois, on peut parier sur l'intelligence du spectateur! Syriana est l'équivalent filmique d'un exposé de Sciences Po, dont l'intitulé pourrait être ceci: "Le pétrole, des enjeux mondiaux aux enjeux locaux". Bien évidemment, certains trouveront que le champ d'étude est beaucoup trop vaste pour être résumé en 2H30. Et pourtant, ça marche. Comme il s'agit d'une fiction, on reste dans un examen un peu superficiel, mais qui n'en oublie pas pour autant d'examiner toutes les facettes de la géopolitique du pétrole. Syriana réussi à faire ce que font toutes les grandes oeuvres d'art digne de ce nom: nous parler du monde dans lequel nous vivons. Et nous faire réfléchir aux moyens de l'améliorer.

Syriana
n'est d'ailleurs pas seul dans ce cas : le terrifiant Vol 93 est lui aussi un film qui fait réfléchir. Preuve qu'en temps de troubles, la production artistique devient plus intéressante, Vol 93 offre une réflexion pertinente sur la responsabilité des uns et des autres dans la catastrophe du 11 septembre, mais aussi, au-delà de ce sujet, nous fait réfléchir sur la nature du film d'action après un événement ou la réalité a dépassé la fiction: a-t-on vraiment besoin de stars, d'explosions et d'effets numériques pour faire ressentir de l'angoisse chez le spectateur, alors que Vol 93 parvient à nous glacer le sang avec acteurs anonymes et une mise en scène maladroite? N'est-ce pas un peu vain, finalement, de nous ressortir toujours les mêmes recettes où le héros empêche la fin du monde, et finalement rien ne change, l'épilogue du film scelle le statu quo? Après un changement de paradigme comme le 11 septembre, tout a changé. Hollywood n'a pourtant pas arrêté de produire des grosses machines spectaculaires et creuses après le 11 septembre. Mais aucun de ces blockbusters ne pourra produire autant d'adrénaline que Vol 93, qui est sans doute le seul vrai film d'action du monde post-9/11.