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14.4.07

Fear the future?

Dans un des blogs que je lis tous les jours, j'ai trouvé une superbe citation de Philip K. Dick, un des plus grands auteurs de science-fiction américains (et dont les romans et nouvelles ont inspiré des films tels que Blade Runner, Total Recall, et Minority Report).

Philip K. Dick à propos de la science-fiction:

"Science fiction writers worry about trends, worry about possible dystopias growing out of the present, and this is a cardinal virtue of the field. Admittedly, there was a time when science and progress were assumed to be identical. If we worry now we have cause to...

Viewpoint and concern in science fiction are a transaction among author, editor, and reader, to which the critic is a spectator. If the reader enjoys what I write, there you have it. If he does not enjoy it, there you have nothing. 'Important' is a rule for another game that I am not playing. I did not begin to read or write SF for reasons dealing with importance. When I sat in highschool geometry class secretly reading a copy of Astounding hidden within a textbook I was not seeking importance. I was seeking, probably, intellectual excitement. Mental stimulation."
Impossible, en lisant ces lignes, de ne pas penser à Children of Men, et son anticipation du monde à venir, de dystopies qui sont une évolution du monde contemporain ! Donc, je me suis dit que ça accompagnerait joliment mon précédent post.

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Cette citation, je l'ai trouvée sur le blog de Paul Pope, un artiste/dessinateur américain que j'ai découvert grâce à ses quelques incursions dans le monde des comics (Batman: Year 100, X-Statix, Escapo...). Il y a quelque temps, il s'est mis à blogguer, et ce de façon plutôt régulière et sérieuse, ce qui m'a permis de découvrir l'étendue de ses activités: en plus des comics, il illustre des pochettes d'albums de rock, dessine des posters pour des concerts, des expos, et il fait du boulot avec des marques comme Diesel, notamment des installations dans les boutiques. Il explique chacune des ses activités, et de façon plutôt détaillée, dans ses posts. Bref, c'est plutôt intéressant à lire.
Voici quelques exemples de son travail dans le monde des comics...

Johnny Storm et Wyatt Wingfoot, dans Fantastic Four #544

Voici une page extraite d'une nouvelle (en BD) qu'il a réalisée récemment pour une anthologie des Fantastic Four: comme à l'époque de Stan Lee et Steve Ditko (scénariste et dessinateur, respectivement, et inventeurs de Spider-Man), Johnny Storm et Spider-Man se disputent de manière assez spectaculaire. J'adore le fait que le Spidey de Pope ressemble au Spidey de Ditko (en particulier son masque)...tout en restant dans un pur style Paul Pope! Pour Johnny, je ne l'ai jamais vu dessiné ainsi: sa forme humaine semble disparaître sous son manteau de flammes....Des flammes dont on à l'impression qu'elles sont vivantes!

Spidey vs la Torche, dans Fantastic Four #544

Le découpage de l'action ne ressemble en rien à celui des comics actuels. On a l'impression qu'il se passe autant de choses entre les cases, dans l'espace que l'on appelle le "caniveau" ("gutter" en VO), que dans les cases elles-mêmes! C'est donc au lecteur de reconstituer l'action, ce qui donne l'impression de participer à la mise en scène du récit...Pope doit avoir lu Scott McCloud, pour qui le caniveau est le lieu le plus important de la page, le lieu des possibles, celui où se déroule véritablement l'action.

Les connaisseurs apprécieront la dernière case: pour gagner sa vie, Peter Parker vend les photos de son "alter-héros", Spider-Man. Donc, près du lieu où Spidey et la Torche se chamaillent, une caméra est rêglée sur "automatique", et mitraille la scène...Ces photos serviront ensuite à J. Jonah Jameson, rédacteur en chef du Daily Bugle, à prouver, une fois de plus, que Spider-Man est une menace à l'ordre à public! Pauvre Spidey...

31.3.07

Chuck Norris does not sleep. He waits.

Comme le dit le très matinal cuistot du Télé Matin des Inconnus, "un brin d'humour ne fait jamais de mal". Par contre, ce qui fait mal, pour ce cuistot, c'est les hachoirs. Un autre truc qui fait mal, c'est Chuck Norris! Humour et douleur sont les éléments-clé de notre cocktail d'aujourd'hui!

Qui est Chuck Norris?

Chuck Norris est un champion de karaté, une star de films d'action des années '80, et un Dieu de la Toile. Partout sur Internet, on trouve des sites à la gloire de celui qui résoudre n'importe quel problème du monde à l'aide de son célèbre coup de pied circulaire, le "roundhouse kick". Des sites entiers sont consacrés à la puissance du karaté guy barbu. Sur ces sites, on peut trouver une liste exhaustive des Hauts Faits accomplis par le Chuck.

Extraits:
There is no such thing as global warming. Chuck Norris was cold, so he turned the sun up.
Chuck Norris does not sleep. He waits.
Chuck Norris doesn’t wear a watch, HE decides what time it is.
Contrary to popular belief, America is not a democracy, it is a Chucktatorship.
Chuck Norris is so fast, he can run around the world and punch himself in the back of the head.
When Chuck Norris does a pushup, he isn’t lifting himself up, he’s pushing the Earth down.
Eh oui, c'est comme ça que ça marche aujourd'hui: tu fais des mauvais films d'action dans les années '80, et vingt ans plus tard, tu deviens une légende vivante de la Toile. Ta puissance est sans limites. Tu n'es plus seulement un acteur, tu es maintenant un gourou!

Les films de Chuck Norris

Pour mieux connaître ces fameux mauvais films qui ont fait la gloire du Chuck, on peut aller voir sur l'excellent site Nanarland, "le site des mauvais films sympa". On y trouve la critique de plusieurs films du Chuck, notamment celle de Braddock: Missing in Action III. Attention, il ne s'agit pas de n'importe quel film pour Chucky: c'est avec la série des Missing in Action que l'ancien champion (et prof) de karaté est devenu une action star, capable de soutenir une franchise.
Comme l'indique le titre, Braddock (le héros) doit retourner au Vietnam pour sauver ceux qui ont disparu "dans le feu de l'action", c'est-à-dire ceux qui ont été faits prisonniers...bien entendu, MIA n'est pas la premier film à utiliser cette excuse pour faire un film d'action dans un Vietnam où la guerre ne serait toujours pas terminée: le scénar de Rambo II est exactement le même! On n'oubliera pas de préciser que ces deux séries de films ont été produites par les rois du mauvais film d'action décadent et nihiliste des années '80, les infâmes Yoram Globus et Menahem Golan.

Bref, dans le troisième volet de la saga Missing in Action, Braddock commence à sérieusement manquer de personnes à sauver, vu l'excellent boulot qu'il à fait dans les deux premiers films! Donc, ça vire au n'importe quoi: il faut désormais sauver les pauvres métis, les enfants que les soldats américains ont eu avec des vietnamiennes, parce que l'armée vietnamienne ne les aime pas. Bref, le film est mauvais, la franchise est fatiguée, mais au milieu de cette déchéance, on trouve un moment d'éloquence sublime, le genre de phrase à sortir en soirée quand un mec te fait chier: "Je mets les pieds ou je veux, et souvent, c'est dans la gueule".

Ecouter la réplique qui déchire!

Excellente chronique de Nanarland.com sur ce mauvais film sympa.

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Bon, on a bien rigolé avec ce bon vieux Chuck, mais il ne faut pas oublier qu'il mérite quand même notre respect de geek. Pourquoi? Grace à une scène, dans un film, qui est capable, à elle seule, de rattraper tous les mauvais films et les mauvaises séries qu'il a tournés. Cette scène, c'est l'affrontement final, dans le Colisée, entre Bruce Lee et Chuck Norris, dans La Fureur du Dragon (1972, Bruce Lee).

Dans le film, Bruce Lee visite sa famille, qui habite à Rome. Il découvre vite que sa famille subit le racket de méchants gangsters orientaux. Bruce décide donc d'affronter ces gangsters, un à un. Terrorisés par la puissance de Bruce Lee, les gangsters font appel à un karatéka américain, Colt (Chuck Norris). L'affrontement à lieu dans un Colisée vide (la scène à été tournée sur place, à Rome!), ce qui lui confère une dimension mythique, mythologique. Deux titans se font face. L'affrontement est long et sanglant, et les deux adversaires sont presque à égalité. Ce duel ne peut se terminer que par la mort de l'un des combattants. C'est un affrontement entre deux acteurs devenus légendaires (pas forcément pour les mêmes raisons), et il ne déçoit pas. Comme quoi, la puissance légendaire de Chuck Norris n'est peut-être pas si artificielle que ça...


29.3.07

Neodämmerung

Un ami m'a envoyé récemment le lien vers une page avec les meilleurs monologues du cinéma américain. La liste est de qualité, bien sûr, mais il n'y a rien de vraiment surprenant dans les choix: "J'adore l'ordeur du napalm au petit matin..", etc. Il y a un monologue que j'adore, et qui a le malheur de se trouver dans une des suites les plus honnies de ces dernières années: The Matrix: Revolutions.


J'adore Revolutions: malgré quelques gros défauts, il y a dans ce films suffisamments de moments sublimes pour qu'on le revoie avec plaisir. Et dans ces moments sublimes, il y a le monologue final de l'Agent Smith. Celui-ci semble avoir vaincu Neo en combat singulier, et comme tout bon Méchant qui se respecte, il raille son adversaire à terre. Voilà ce que ça donne:

Agent Smith: Why, Mr. Anderson? Why do you do it? Why get up? Why keep fighting? Do you believe you're fighting for something? For more that your survival? Can you tell me what it is? Do you even know? Is it freedom? Or truth? Perhaps peace? Yes? No? Could it be for love? Illusions, Mr. Anderson. Vagaries of perception. The temporary constructs of a feeble human intellect trying desperately to justify an existence that is without meaning or purpose. And all of them as artificial as the Matrix itself, although only a human mind could invent something as insipid as love. You must be able to see it, Mr. Anderson. You must know it by now. You can't win. It's pointless to keep fighting. Why, Mr. Anderson? Why? Why do you persist?

Neo: Because I choose to.

Wow. J'aimerais pouvoir être aussi éloquent. On à souvent accusé la série des Matrix de prétention, mais ça change quand même, d'avoir des films à gros budget où les dialogues sont aussi soignés que les scènes d'action. Evidemment, si Smith parle aussi bien, c'est qu'il s'écoute parler. Sûr de lui, en vainqueur, il ne peut s'empêcher de se délecter de l'inéluctable défaite de son ennemi intime, son adversaire de toujours, Neo.



Cet échange résume à lui seul toute la trilogie, où la question du choix (donc du libre arbitre) structure le récit (Matrix est un film-jeu vidéo). Neo choisit d'accepter sa destinée, de prendre la pillule rouge et de mener la rebellion des humains contre la Matrice. Neo choisit de ne pas faire ce que lui ordonne l'Architecte, pour trouver une troisième voie pour mettre fin une fois pour toutes au conflit entre humains et machines. Et à la fin, Neo choisit la coexistence pacifique avec les machines, pour sortir du cycle infernal des "reload".

L'Agent Smith est un programme comme les autres qui deviendra, au contact de Neo, humain. Humanoïde. Mais un humain bancal, un hybride, qui ne parvient pas à se débarasser de la mission qui lui était assignée, "programmée", dans sa vie antérieure (détruire Neo, pardon, Mr Anderson), et qui, en devenant "libre", n'arrive à trouver de la jouissance que dans un narcissisme profond ("Me. Me, me, me, me. And me") qui consiste à faire le vide autour de lui, à tout démolir pour devenir le centre de l'univers et remodeler le monde à son image: "Like what I've done with the place?". Quitte à provoquer une instabilité grandissante du système, et la destruction du monde. Bref, face au danger posé par Smith, Neo et les machines s'allient pour le vaincre. La symbiose est telle entre humains et machines que la destruction de la Matrice serait une catastrophe pour les deux peuples.

N'oublions cependant pas que si ce monologue est si frappant, c'est grâce à l'immense Hugo Weaving, interprête de l'Agent Smith. Cette voix incroyable, ce jeu tout en violence contenue, l'impression que dégage Smith de tout contrôler, tout en étant impuissant face à la détermination de son adversaire...Pas de doute, Hugo Weaving a crée l'un des méchants les plus intéressants du cinéma. Toute la vanité et la complexité de Smith se trouvent là-dedans, dans ce monologue final, un monologue de la victoire qui se transforme tout d'un coup en incroyable aveu d'échec. Malgré tout son pouvoir, Smith est incapable de comprendre son adversaire. Comme il ne sait pas ce que veut Neo, il ne peut pas lui faire de mal. En ça, Neo à gagné. Et l'Agent Smith nous prouve que l'hubris n'est pas l'apanage des hommes. Même une machine peut y succomber. Avec les conséquences que l'on connaît.


Bref, pour résumer l'affaire, on pourrait simplement citer un membre de YouTube, qui à décrit cette scène avec des mots tout simples: "Best villain monologue of the 21st century".