29.3.07

Neodämmerung

Un ami m'a envoyé récemment le lien vers une page avec les meilleurs monologues du cinéma américain. La liste est de qualité, bien sûr, mais il n'y a rien de vraiment surprenant dans les choix: "J'adore l'ordeur du napalm au petit matin..", etc. Il y a un monologue que j'adore, et qui a le malheur de se trouver dans une des suites les plus honnies de ces dernières années: The Matrix: Revolutions.


J'adore Revolutions: malgré quelques gros défauts, il y a dans ce films suffisamments de moments sublimes pour qu'on le revoie avec plaisir. Et dans ces moments sublimes, il y a le monologue final de l'Agent Smith. Celui-ci semble avoir vaincu Neo en combat singulier, et comme tout bon Méchant qui se respecte, il raille son adversaire à terre. Voilà ce que ça donne:

Agent Smith: Why, Mr. Anderson? Why do you do it? Why get up? Why keep fighting? Do you believe you're fighting for something? For more that your survival? Can you tell me what it is? Do you even know? Is it freedom? Or truth? Perhaps peace? Yes? No? Could it be for love? Illusions, Mr. Anderson. Vagaries of perception. The temporary constructs of a feeble human intellect trying desperately to justify an existence that is without meaning or purpose. And all of them as artificial as the Matrix itself, although only a human mind could invent something as insipid as love. You must be able to see it, Mr. Anderson. You must know it by now. You can't win. It's pointless to keep fighting. Why, Mr. Anderson? Why? Why do you persist?

Neo: Because I choose to.

Wow. J'aimerais pouvoir être aussi éloquent. On à souvent accusé la série des Matrix de prétention, mais ça change quand même, d'avoir des films à gros budget où les dialogues sont aussi soignés que les scènes d'action. Evidemment, si Smith parle aussi bien, c'est qu'il s'écoute parler. Sûr de lui, en vainqueur, il ne peut s'empêcher de se délecter de l'inéluctable défaite de son ennemi intime, son adversaire de toujours, Neo.



Cet échange résume à lui seul toute la trilogie, où la question du choix (donc du libre arbitre) structure le récit (Matrix est un film-jeu vidéo). Neo choisit d'accepter sa destinée, de prendre la pillule rouge et de mener la rebellion des humains contre la Matrice. Neo choisit de ne pas faire ce que lui ordonne l'Architecte, pour trouver une troisième voie pour mettre fin une fois pour toutes au conflit entre humains et machines. Et à la fin, Neo choisit la coexistence pacifique avec les machines, pour sortir du cycle infernal des "reload".

L'Agent Smith est un programme comme les autres qui deviendra, au contact de Neo, humain. Humanoïde. Mais un humain bancal, un hybride, qui ne parvient pas à se débarasser de la mission qui lui était assignée, "programmée", dans sa vie antérieure (détruire Neo, pardon, Mr Anderson), et qui, en devenant "libre", n'arrive à trouver de la jouissance que dans un narcissisme profond ("Me. Me, me, me, me. And me") qui consiste à faire le vide autour de lui, à tout démolir pour devenir le centre de l'univers et remodeler le monde à son image: "Like what I've done with the place?". Quitte à provoquer une instabilité grandissante du système, et la destruction du monde. Bref, face au danger posé par Smith, Neo et les machines s'allient pour le vaincre. La symbiose est telle entre humains et machines que la destruction de la Matrice serait une catastrophe pour les deux peuples.

N'oublions cependant pas que si ce monologue est si frappant, c'est grâce à l'immense Hugo Weaving, interprête de l'Agent Smith. Cette voix incroyable, ce jeu tout en violence contenue, l'impression que dégage Smith de tout contrôler, tout en étant impuissant face à la détermination de son adversaire...Pas de doute, Hugo Weaving a crée l'un des méchants les plus intéressants du cinéma. Toute la vanité et la complexité de Smith se trouvent là-dedans, dans ce monologue final, un monologue de la victoire qui se transforme tout d'un coup en incroyable aveu d'échec. Malgré tout son pouvoir, Smith est incapable de comprendre son adversaire. Comme il ne sait pas ce que veut Neo, il ne peut pas lui faire de mal. En ça, Neo à gagné. Et l'Agent Smith nous prouve que l'hubris n'est pas l'apanage des hommes. Même une machine peut y succomber. Avec les conséquences que l'on connaît.


Bref, pour résumer l'affaire, on pourrait simplement citer un membre de YouTube, qui à décrit cette scène avec des mots tout simples: "Best villain monologue of the 21st century".

26.3.07

I know what I like...

Alors ça y est, je reviens de l'Olympia. Le concert de The Musical Box m'a bouleversé. Je n'ai pas osé écouter de musique sur mon lecteur MP3 en revenant chez moi, de peur de perdre les mélodies qui sont restées dans ma tête. Les chansons que je croyais connaître par coeur ont acquis une nouvelle dimension grace à ce live.
L'expérience de ce soir ressemble à ce qui se produit généralement lors d'une représentation théatrale réussie: les acteurs/musiciens sont devenus les membres du Genesis de 74. Les voix de Gabriel et Collins sont parfaites. Le chanteur pousse le perfectionnisme jusqu'à imiter le français horrible de Peter Gabriel lorsqu'il raconte les histoires qui servent de d'introduction à chaque morceau. Les musiciens sont tous excellents, et n'ont pas à rougir de la comparaison avec le Genesis original.
Alors, pour tout ça, merci à The Musical Box de nous faire revivre ces moments incroyables. Les concerts de Genesis n'étaient pas des concerts comme les autres: la scénographie, les costumes, le choix des morceaux...tout avait un sens, parce que tout faisait partie d'un Tout, d'un concert conçu comme une pièce de théâtre. Ce sont des spectacles à part entière, qui méritent que l'on s'en souvienne. Il faut les voir pour comprendre le génie absolu de Genesis et Peter Gabriel.


25.3.07

Can you tell me where my country lies?

Alors là, je rentre de soirée, il est 2h du mat', et que me dit mon ordinateur? Qu'il est déjà 3h du matin, parce qu'on est passé à l'heure d'été. Et merde! Une heure de sommeil de moins...
Demain, gros programme...je bosse, et je vais voir "The Musical Box", un groupe de reprises de Genesis qui se produit à l'Olympia, et qui "reconstitue" le concert de 1974 de Genesis, celui de la tournée "Selling England By The Pound".
J'espère que ce sera bien. L'album est excellent (sans doute le meilleur de la période Peter Gabriel...si, si, meilleur que "The Lamb Lies Down On Broadway"), et j'adore les morceaux "Firth of Fifth" et "The Cinema Show" (la version live, sur "Seconds Out", est sublime). J'attends beaucoup de ces morceaux!



21.3.07

Free of the fear and the pain...

Shilo Norman, alias Mister Miracle

Le génie de Grant Morrison, c'est la liberté absolue avec laquelle il arrange les mots. Aucun autre auteur de comics possède la même force, celle de créer une langue complêtement originale grâce des mots associés de façon totalement inattendues.

Voici un des plus beaux exemples. Dans la mini-série Seven Soldiers: Mister Miracle, GM définit la "Anti-Life Equation", une équation magique qui conduit tout ceux qui l'entendent au désespoir, à la perte de volonté et à la soumission à leur "dark side":
loneliness + alienation + fear + despair + self-worth ÷ mockery ÷ condemnation ÷ misunderstanding x guilt x shame x failure x judgment n=y where y=hope and n=folly, love=lies, life=death, self=dark side
Seul Grant Morrison pouvait ainsi conceptualiser une équation du désespoir.

Parenthèse geek
[Peut être que dans la 25ème ressortie/remodification de Star Wars, les Jedis utiliseront le taux de midichloriens et l'équation ALE pour calculer le "potentiel de Coté Obscur" d'un mec qui maitrise la Force]
Fin parenthèse geek

19.3.07

Pocket full of kryptonite...

All-Star Superman, par Grant Morrison et Frank Quitely



Quand le plus incroyable des scénaristes de comics rencontre un des dessinateurs les plus talentueux, cela donne "All-Star Superman": des histoires intemporelles et magiques, un dessin sublime. Aujourd'hui, c'est la série des Superman qui est la plus nostalgique, mais aussi la plus novatrice.

Riders on the storm...


Ghost Rider, de Mark Steven Johnson.
Alors oui, j'ai fini par céder, et je suis allé voir Ghost Rider. Et c'était beaucoup mieux que je ne l'imaginais!
Evidemment, tous ceux qui ont vu le Daredevil du même réalisateur pouvaient craindre le pire. M.S. Johnson décidait de s'attaquer, après l'homme sans peur, au "cavalier sans tête", un de ses "personnages Marvel préférés". Vu le résultat de Daredevil, on pouvait craindre le pire:
- des références à tour de bras (tous les personnages secondaires portaient le nom des célèbres auteurs et dessinateurs du personnage, c rigolo au début, ça devient vite pénible/lourd)
- un respect quasi-religieux de l'histoire d'origine, racontée chronologiquement, sans oublier/modifier le moindre détail, ce qui, encore une fois, alourdit le film et l'empêche de démarrer sur les chapeaux de roues.
- une mise en scène peu inspirée
- et surtout, le truc qui m'irrite énormément quand j'y repense : la bande-son n'est composée que de tubes du top 50 de 2002, ce qui a pour effet de dater le film considérablement. Bon, ça a permis à Evanescence de se lancer (2 morceaux, futurs singles à succès, sont dans des scènes-clé du film), mais ça trivialise, ça "contemporéanise" considérablement un film de super-héros qui se doit d'avoir une profondeur mythologique s'il veut durer...la force des super-héros Marvel, c'est de nous émouvoir encore aujourd'hui, 40 ans après leur création!

Tous ces facteurs ne font pas de Daredevil un mauvais film, juste un film médiocre, peu enthousiasmant, qu'on a pas forcément envie de revoir. C'est une sorte de "passage obligé", un pot-pourri de tous les personnages-clé de l'univers de Daredevil (Elektra, Bullseye, Kingpin, Karen Page...), comme une liste dont on cocherait les cases au fur et à mesure. M.S. Johnson n'a pas le génie d'un Sam Raimi, qui parvient à rendre excitante l'origine que tout le monde connait, celle de Spider-Man, tout en respectant à la lettre toutes les étapes du récit d'origine.

La bonne nouvelle pour Ghost Rider, c'est qu'il est nettement plus inspiré que Daredevil. Le Rider, personnage de seconde zone dans l'univers Marvel, ne possède pas la même notoriété que Spidey (ou, dans une moindre mesure, que Daredevil), ce qui a permis a Johnson de prendre des libertés avec la conception du personnage, en intégrant les meilleurs éléments des différentes versions du Ghost Rider. Libéré, Johnson l'est aussi de lui-même: après un premier film de super-héros sous le bras, le réalisateur possède plus de recul, et surtout, plus de confiance en lui. Ghost Rider est un film enthousiaste, un film bourré d'énergie et d'humour. Personne ne se prend au sérieux, l'ambiance est décontractée. Même si cette énergie ne fait pas forcément de Ghost Rider un bon film (on passe autant de temps à rire du film qu'à rire avec lui) on passe quand même un moment agréable. Les effets spéciaux sont formidables (le feu est un des choses les plus difficiles à reproduire en images numériques), Nic Cage est complêtement dingue et Eva Mendes est fort charmante. Par contre, le méchant démon Blackheart ressemble à un jeune zombie d'Elvis. Donc on se marre. Ghost Rider est un nanar à se mater entre potes, pour rigoler un bon coup.

29.1.07

Best of 2006

Voici donc, avec un peu de retard, ma liste des meilleurs films de 2006...ce n'est pas tout à fait terminé, j'ai pas encore écrit tout ce que j'avais écrire.

L'année 2006 aura été exceptionnelle. Beaucoup de films dignes d'intérêt, beaucoup de bonnes surprises, et surtout, beaucoup de futurs classiques...Un excellent cru. Un simple classement m'a paru un peu réducteur, ce pourquoi je vais essayer de dresser un panorama un peu plus large...

Les merdes : Wassup Rockers, L'âge de glace 2
Wassup Rockers
, où "quand Larry Clark se caricature". On peut ne pas aimer les films de Larry Clark pour leur contenu, mais on ne peut pas ne pas reconnaître son talent visuel. Esthétiquement, les films de Clark avaient qqchose d'intéressant à montrer, à dire. Jusqu'à Wassup Rockers: tandis que le récit passe du ridicule au grotesque, l'amateur de belles images n'a plus rien à se mettre sous la dent, repoussé par fascination malsaine qu'exercent sur Larry Clark les corps adolescents. Beurk.
L'âge de glace 2 est un film pénible, bourré des clichés ethniques que les mauvaises comédies américaines nous ressortent à chaque fois (exemple type: la mammouth "black", rigolote et cool, qui décoince le mammouth "blanc" coincé). Mais au milieu de ce film sans imagination, il y a des séquences muettes, avec l'écureuil et la noix qu'il essaye désespèrement d'attraper. Ce cousin animal de Buster Keaton mériterait, lui, un film.

Les déceptions: V pour Vendetta, Marie Antoinette, Ne le dis à personne, Les Particules élémentaires...et Superman Returns (que j'ai apprécié sur le moment, mais en y repensant...je n'ai pas spécialement envie de le revoir).

Les bonnes surprises : Souris City, Happy Feet, Du jour au lendemain, Prête-moi ta main, Borat, Tournage dans un jardin anglais, Thank You for Smoking, La Science des rêves, Lady Chatterley...

Les films "solides": The Departed, Inside Man, Casino Royale, Déjà Vu, M:I-3, Pirates des Caraïbes 2, 16 blocs, Lord of War, Constant Gardner, Le Prestige...Little Miss Sunshine, Les Berkman se séparent...
Ce sont des films de genre de très très bonne facture. Sans réinventer le cinéma, chacun de ces films apporte une fraicheur au genre dans lequel il se situe: scénarios bien ficelés, castings de qualité...ces films-là, sans forcément innover, remontent la moyenne. Spike Lee ne perd rien de son énergie contestatrice quand il met en scène Inside Man, "heist movie" ultime aux connotations politiques. Denzel Washington, Clive Owen et Jodie Foster sont parfaits. Martin Scorsese renoue avec le film de gangsters dans The Departed, qui, sans atteindre le statut de chef-d'oeuvre absolu de Goodfellas, fait passer un très bon moment au spectateur. Encore une fois, tous les acteurs sont excellents. Casino Royale réussit l'exploit de réinventer la franchise tout en respectant un cahier des charges contraignant. Daniel Craig accède enfin à la notoriété qu'un acteur de son talent mérite. Déjà Vu réaffirme le talent de metteur en images de Tony Scott. Après s'être égaré dans ce monstrueux bordel qu'est Domino, Tony Scott revient avec un film qui est plus mesuré, mais qui n'en est pas moins efficace. Action, émotion, tout y est, et avec un Denzel Washington au top, on ne peut pas se tromper.

Little Miss Sunshine
et Les Berkman se séparent sont aussi, en quelque sorte, des films de genre, même s'il s'agit de genres un peu moins clairement identifiés: le road-movie familial et le "film indé US sur le passage à l'âge adulte". Ces films sont de vrais bijoux, qui parviennent à respecter les rêgles de leur genre:
Little Miss Sunshine respecte non seulement les attentes du spectateur, mais acquiert une vraie profondeur a travers son discours sur les valeurs qui structurent nos vies aujourd'hui: qu'est-ce que la réussite? à quoi sert la famille? qu'est-ce que la beauté? Toutes ces questions sont dans le film, et l'on peut choisir d'y faire attention ou pas. L'exploit de ce film, c'est d'être à la fois léger comme l'air et profond comme l'océan...
La force des Berkman se séparent vient de sa nature intensément personnelle. On sent bien que le réalisateur-scénariste Noah Baumbach exorcise les démons de son passé, ce qui donne au film une dureté, une cruauté, qui font qu'on s'en souvient. Même s'il n'est pas forcément très surprenant dans ce qu'il s'y passe, la charge émotionelle est très forte.

Les futurs classiques (ou, en anglais, les "instant classics") : Children of Men, Le Labyrinthe de Pan, The Fountain, OSS 117, Syriana, Babel, The Host, Vol 93, Miami Vice, The New World.
Et voilà, une année où l'on a près de 10 classiques potentiels, c'est énorme! Ces films sont tous très différents, mais ce qui les rassemble, à mes yeux, c'est une forme de perfection, d'aboutissement. On fera difficilement mieux.

Children of Men
réinvente la SF, en proposant un futur pas trop éloigné, et pas si fantaisiste que cela. A l'image d'un Alien, d'un Mad Max, ou d'un Blade Runner, Children of Men nous propose une nouvelle vision cinématographique du futur. Et comme tout bon récit de science-fiction, il utilise un récit situé dans le futur pour nous faire penser au présent. L'apocalypse de Children of Men, ce n'est pas la Terre ravagée par une guerre nucléaire, mais la mort de l'humanité elle-même: les femmes ne sont plus fertiles depuis 20 ans, et l'humanité, désespérée, se meurt. Ce décor novateur sert de cadre à un film d'action haletant, une course contre la montre dont on ne sait jamais comment elle va aboutir. Et comment ne pas mentionner la virtuosité technique de ce film, dont les plans-séquence interminables sont d'ores et déjà des classiques? Children of Men est un chef-d'oeuvre absolu: la rencontre, trop rare, entre un récit original, frais, nouveau, et une approche formelle radicale et novatrice. Peut-être le meilleur film de 2006, toutes catégories confondues.

L'année 2006, c'est aussi l'année de l'explosion des "Trois amigos": Alfonso Cuaron, Alejandro Gonzalez Innaritu et Guillermo Del Toro. Ces trois mexicains sont des cinéastes de qualité et de très bons amis. Chacun participe artisitiquement et/ou financièrement aux films des autres (Cuaron fait partie des producteurs de Pan, Del Toro aurait inspiré à Innaritu la fin de son premier film, Amores Perros). Cette année, chacun à sorti son chef-d'oeuvre. Le Labyrinthe de Pan, comme L'échine du diable, permet a Del Toro de mélanger un contexte historique précis (l'Espagne pendant la Seconde Guerre Mondiale) et une histoire fantastique ("l'initiation" d'une jeune fille, princesse exilée d'un royaume magique). L'équilibre entre ces deux éléments est parfait, et le film est d'une beauté et d'une originalité à couper le souffle. Comme Pan représente l'aboutissment du "style Del Toro", Babel représente lui aussi l'aboutissment du "style" Innaritu/Arriaga (le scénariste de ses trois premiers films). Dans Babel, l'ambition est dans un scénario qui se déroule sur 3 continents différents, mais aussi dans une mise en scène inspirée, qui parvient a concilier l'immédiateté nécessaire à l'impact émotionnel (on EST au Maroc, au Japon, on ASSISTE à ce marriage au Mexique, dans des paysages que le cinéma ne donne pas forcément à voir très souvent) et la liberté qui permet des envolées lyriques extraordinaires. C'est de l'Art. Un film qui reste avec vous.

Pour la beauté lyrique pure, pour les films qui se rapprochent le plus de "poêmes visuels", on se souviendra longtemps de The Fountain et The New World. Dans The Fountain, chaque plan est original, tous les choix de mise en scène contribuent à écrire une grammaire spécifique au film. Si l'histoire, qui manie sans humour des Grands Thèmes comme la Vie, l'Amour, et la Mort, on est en droit de craindre le pire. Il n'en est rien. Les interprêtes sont formidables, le film bouleversant. Un film d'une grande fraicheur, qui ne ressemble à aucun autre. The New World est l'exemple réussi des bonnes vieilles méthodes utilisées avec savoir-faire. Terrence Malick ne cherche pas l'artifice, mais il parvient, par le biais d'un travail irréprochable sur la technique (photo superbe, son extrêmement travaillé) à nous faire rentrer dans la peau des personnages. L'effet "poême" est accentué par une utilisation magnifique de la voix off, qui révèle les pensées des personnages qui ne peuvent pas toujours se comprendre: le mélange des images, de la musique, et de la voix off des personnages, est sublime.

Syriana
: j'ai tellement aimé ce film que je suis allé le voir au cinéma deux fois. Le deuxième visionnage était un pur bonheur: débarassé de "l'angoisse du récit", j'ai pu voir tous les fils de l'intrigue s'emmeler et se démeler, et j'ai pu mieux faire attention à certains éléments qui m'avaient échappé la première fois. L'intrigue est complexe, mais comme il faut: tout est expliqué, tout est compréhensible. Parfois, on peut parier sur l'intelligence du spectateur! Syriana est l'équivalent filmique d'un exposé de Sciences Po, dont l'intitulé pourrait être ceci: "Le pétrole, des enjeux mondiaux aux enjeux locaux". Bien évidemment, certains trouveront que le champ d'étude est beaucoup trop vaste pour être résumé en 2H30. Et pourtant, ça marche. Comme il s'agit d'une fiction, on reste dans un examen un peu superficiel, mais qui n'en oublie pas pour autant d'examiner toutes les facettes de la géopolitique du pétrole. Syriana réussi à faire ce que font toutes les grandes oeuvres d'art digne de ce nom: nous parler du monde dans lequel nous vivons. Et nous faire réfléchir aux moyens de l'améliorer.

Syriana
n'est d'ailleurs pas seul dans ce cas : le terrifiant Vol 93 est lui aussi un film qui fait réfléchir. Preuve qu'en temps de troubles, la production artistique devient plus intéressante, Vol 93 offre une réflexion pertinente sur la responsabilité des uns et des autres dans la catastrophe du 11 septembre, mais aussi, au-delà de ce sujet, nous fait réfléchir sur la nature du film d'action après un événement ou la réalité a dépassé la fiction: a-t-on vraiment besoin de stars, d'explosions et d'effets numériques pour faire ressentir de l'angoisse chez le spectateur, alors que Vol 93 parvient à nous glacer le sang avec acteurs anonymes et une mise en scène maladroite? N'est-ce pas un peu vain, finalement, de nous ressortir toujours les mêmes recettes où le héros empêche la fin du monde, et finalement rien ne change, l'épilogue du film scelle le statu quo? Après un changement de paradigme comme le 11 septembre, tout a changé. Hollywood n'a pourtant pas arrêté de produire des grosses machines spectaculaires et creuses après le 11 septembre. Mais aucun de ces blockbusters ne pourra produire autant d'adrénaline que Vol 93, qui est sans doute le seul vrai film d'action du monde post-9/11.

2.12.06

Souvenirs, souvenirs...

Voici des critiques de films rédigées pour la newsletter du Ciné-Club de Sciences Po, dont je m'occupais il y a quelques années. La newsletter comportait une rubrique "DVD", destinée à remettre en avant des films "coup de coeur" des membres du CC. Voici quelques unes de ces chroniques...

L'effet papillon, d'Eric Bress et J. Mackye Gruber

Evan est un étudiant brilliant, passionné par tout ce qui à trait à la mécanique du cerveau. Il se découvre un jour la capacité de remonter le temps: il décide alors d'utiliser ce pouvoir pour sauver la seule fille qu'il ait jamais aimé. Malheureusement, ses voyages dans le temps ont des conséquences imprévues: c'est "l'effet papillon"... Au Ciné-Club, certains avaient beaucoup apprécié L'effet papillon, un petit film de science-fiction original, débordant d’énergie et pas prétentieux pour un sou. Le film est sorti en DVD récemment , dans une édition director's cut. D'habitude, ce genre de sortie ("avec 15 min de gore/d'action/de sexe en plus!!!!"), ça sent un peu l'argument marketing de bas étage. Ce n'est pas du tout le cas ici! La fin alternative, voulue par les réalisateurs-scénaristes du film, avait été écartée par le studio qui la trouvait trop sombre.
La nouvelle version du film (fin alternative + quelques scènes supplémentaires) en donne une vision complètement différente: la fin alternative est dure, sombre, mais c'est dans son coté subversif que réside la vraie violence faite au spectateur: sans rien vouloir dévoiler, on peut affirmer que la fin du récit remet en cause l'existence même du film. C'est pourtant une issue complètement logique, qui confirme l'intuition du spectateur, et qui constitue l'aboutissement parfait de la logique du récit. En quelques scènes et quelques phrases-clé, absentes de la version "cinéma", le film acquiert une cohérence et une solidité qu'il n'avait pas avant : L’effet papillon version director’s cut est un film 100% cohérent avec lui-même, qui ne fait pas de concessions. C’est assez rare pour être signalé.
A travers sa sortie en DVD, L'effet papillon est devenu un "grand" petit film, un bijou parfaitement maîtrisé et bourré de bonnes idées, que les fans de science-fiction retiendront pendant longtemps.

L'armée des morts, de Zack Snyder

La sortie récente en DVD du film "L'armée des morts" permet de découvrir (ou de redécouvrir) un vrai petit bijou de subversion: un film d'horreur avec des personnages crédibles, intelligents, auxquels on s'attache vraiment, tout en maintenant un suspense haletant, en partie fondé sur le fait que tout peut arriver et qu'aucun personnage n'est sacré et qu'aucune ficelle du scénario sera respectée. En effet, le scénario va le plus possible dans la surprise. Plus d'une fois, le spectateur se dit "ils n'oseraient pas faire ça quand même...", et si, ils osent. Voici un film de genre qui pousse le genre à ses limites, ce qui lui permet de le transcender en offrant beaucoup plus qu'une simple resucée d'un pitch vieux comme le cinéma (des humains tentent d'échapper à des zombies). La mise en scène est, elle aussi, absolument remarquable: voici un réalisateur issu du clip qui sait utiliser ses effets visuels pour servir l'histoire, et non pour simplement "faire joli". La composition des plans est superbe (en particulier lorsqu'on découvre la banlieue cossue ou vit l'héroïne, dévastée par les zombies), la photographie est magnifique, et le montage, subtil, ne prend pas son spectateur pour un imbécile avec des explications évidentes (on pense au dernier personnage à se découvrir infecté par les zombies: en deux plans, on comprend tout, sans même avoir vu la morsure du zombie).
Bref, L'armée des morts est une formidable réussite, qui n'est pas seulement réservée aux fans de films d'horreur. Cependant, il faut avoir l'estomac accroché.
Dans les bonus, ne loupez pas l'interview de deux des acteurs, complètement surpris par le succès du film, et qui ne savent pas trop quoi dire. Ils racontent des conneries en faisant semblant de ne pas s'emmerder, et c'est très drôle à regarder.

28.11.06

There and back again

Eh oui, c le grand retour du blog. Plusieurs raisons ont fait que je l'ai abandonné (manque de motivation, manque de temps...parfois même de bons films!). Plusieurs raisons font que je le reprends (regain de motivation, de temps...et les encouragements de mes amis).

Voici donc le grand retour de mes critiques. Je vais essayer de ne pas me limiter au cinéma, puisque j'ai eu beaucoup de temps libre ces derniers mois, et que j'ai donc énormément lu, écouté et vu.
J'espère donc, dans les prochaines semaines, faire des critiques de films, de livres, de BD et d'albums. Batman a décidé de sortir de sa Batcave.

26.3.05

Rattrapage...

Arnold à la conquête de l'Ouest, de Alex Cooke

Un documentaire qui n'innove pas vraiment du point de vue de la forme (on pense un peu à Mondovino pour la caméra DV virevoltante), mais qui nous livre une enquête journalistique très fouillée sur l'élection d'Arnold Schwarzenegger au poste de gouverneur de l'Etat de Californie, que la journaliste BBC Alex Cooke a filmé dès le début. Le sujet est passionnant, trivial et angoissant à la fois, car il donne à voir ce que pourrait être la politique de demain...Bref, c'est un film où l'on rit (beaucoup), mais où l'on réfléchit aussi.

Before Sunset, de Richard Linklater. Avec Ethan Hawke et Julie Delpy.

Neuf ans après la nuit qu'ils ont passé ensemble à Vienne (Before Sunrise), Céline et Jesse se retrouvent à Paris, où lui assure la promotion de son dernier roman...
Before Sunset est une longue conversation, filmée en temps (presque) réel, entre deux personnes qui marchent dans Paris. Derrière l'apparente banalité des propos, on sent la possibilité d'un amour profond que le temps n'a pas détruit. Drôle, émouvant, subtil...un petit bijou.

De battre mon coeur s'est arrêté, de Jacques Audiard. Avec Romain Duris, Niels Arestrup, Emmanuelle Devos...

Voici sans doute l'un des meilleurs films français de l'année. De battre... est un film fort, qui porte l'empreinte de son réalisateur à chaque plan (les amateurs de Sur mes lèvres apprécieront), et qui ne prend pas son spectateur pour un imbécile. Dès les premières scènes, on est précipités dans l'action, dans la confusion du héros, dans un rythme effréné qui ne faiblira pas avant la fin. Si seulement tous les films français pouvaient être aussi ambitieux...

Team America : Police du monde, de Trey Parker et Matt Stone. Avec George Clooney, Alec Baldwin, Sean Penn, Michael Moore, Tim Robbins, Matt Damon...

Une parodie réussie des films d'action hollywoodiens (avec des marionnettes ridicules), malheureusement dotée d'un contenu politique plus que douteux. Les réalisateurs s'attaquent aux acteurs hollywoodiens engagés politiquement à gauche ( Sean Penn, Susan Sarandon, Tim Robbins...) avec une férocité qui confine à la haine. C'est dommage, parce que leur nihilisme autoproclamé s'arrête là : « On se moque de tout le monde, sauf des politiques ». Faire un film sur la guerre contre le terrorisme sans mentionner le moindre homme politique (mis à part Kim Jong-Il), c'est plutôt faible.
Assaut sur le central 13, de Jean-François Richet. Avec Ethan Hawke, Laurence Fishburne...

Une série B de très bonne qualité, qui fera passer un moment agréable aux amateurs de films d'action un peu plus intelligents que la moyenne (les films, pas les amateurs !). JF Richet respecte fidèlement les codes du genre sans tomber dans les clichés, et parvient même à nous surprendre grâce à un scénario plutôt bien fichu. Le casting est de très grande qualité et s'en donne à coeur joie. Un petit film d'action sans prétention, c'est assez rare pour être signalé.

La vie aquatique, de Wes Anderson. Avec Bill Murray, Owen Wilson, Cate Blanchett, Angelica Huston...

Le nouveau film de Wes Anderson marque un tournant stylistique dans la filmographie du réalisateur Texan. C'est un film d'action "à la Wes Anderson" : mouvements de caméra décalés, humour à froid en pleine fusillade... Anderson parvient à se renouveler magnifiquement, tout en gardant la sensibilité douce-amère qui faisait le charme de La Famille Tenenbaum et surtout de Rushmore. A découvrir d'urgence !

22.1.05

Critiques d'un weekend chargé en ciné!

The Corporation, de Jennifer Abbot et Mark Achbar. Avec Michael Moore, Noam Chomsky, Jeremy Rifkin, Milton Friedman.


Atttention, chef d’œuvre à voir de toute urgence ! Loin du gauchisme hystérique auquel pouvait faire croire le titre et la campagne de promotion (« si l’entreprise était un être humain, elle serait un psychopathe »), The Corporation est un exposé méthodique, déprimant, et malgré tout hilarant, qui analyse les problème que pose la toute-puissance de certaines entreprises multinationales aujourd’hui. Ce film montre aussi qu’on peut avoir une approche à la fois militante ET rigoureuse, qui ne manquera pas de bousculer le spectateur. De gauche comme de droite, « ultralibéral » ou altermondialiste, il faut voir ce film, et en discuter.


L’autre rive (Undertow) ¸ de David Gordon Green, avec Josh Lucas, Jamie Bell et Dermot Mulrooney.


Voici un petit bijou du cinéma indépendant américain, qu’il serait dommage de rater. Derrière la simplicité du récit (un oncle cupide poursuit ses deux neveux, dont il a assassiné le père pour récupérer un trésor familial) se cache un film-poême, un film envoûtant qui vous prend et ne vous lâche plus. L’étrangeté du décor, de cette Amérique profonde qu’on a rarement vu au cinéma (on pense à Délivrance, de Boorman). La beauté d’une mise en scène qui sublime la nature sauvage, qui entoure et emprisonne les personnages dans une fatalité impitoyable…L’autre rive est un film qui parvient à nous raconter une histoire que l’on entendue cent fois avec une fraîcheur et une grâce que l’on aperçoit de moins en moins au cinéma de nos jours… Ce n’est pas pour rien que le film est produit par Terence Malick lui-même, qui semble s’être trouvé un successeur !

17.1.05

Encore un rattrapage...

« Le secret des poignards volants », de Zhang Yimou


Après « Hero », Zhang Yimou nous propose à nouveau un film de sabre. Après un « Hero » très politique, Zhang Yimou nous offre cette fois-ci une grande histoire d’amour émouvante, à la fois épique et intimiste. A la férocité des combats succède la violence des sentiments : les amateurs retrouveront des scènes de combats au lyrisme exacerbé, les autres apprécieront la force poétique du grand film romanesque de cette fin d’année…



« She Hate Me » , de Spike Lee


Spike
Lee est l’un des plus grands cinéastes américains d’aujourd’hui. Personne ne sait comme lui décrire la société américaine de façon aussi franche et percutante.

« She Hate Me » énerve, parce qu’il tombe parfois dans la démesure : le scénario, réunit un peu maladroitement deux sujets d’actualité a priori très éloignés, la délinquance en col blanc et l’homoparentalité.

« She Hate Me » impressionne, parce que Spike Lee est un auteur ambitieux, qui maîtrise son art (réalisation, photo, acteurs, musique…tout est parfait) et qui a des choses vraiment intéressantes à dire !

Narco!

Narco, de Tristan Arouet et Gilles Lellouche, avec Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde…

Narco est un petit film atypique : c’est en quelque sorte le premier film français des frères Coen. En effet, ce qui frappe dans ce film, c’est que toutes les références cinématographiques sont américaines : certaines scènes sont presque transposées de films comme The Big Lebowski ou Les Affranchis ! Les réalisateurs, issus du clip et de le pub, affichent sans complexe leur amour d’un certain cinéma d’auteur américain pour nous raconter une histoire de losers magnifiques (Gustave Klopp, c’est le Dude !), au premier rang desquels Benoît Poelvoorde en fan absolu de JC Van Damme ! Le résultat ? Un film réjouissant, modeste et ambitieux à la fois, manifeste d’une cinéphilie résolument moderne, sans frontières, qui allie les meilleurs éléments des influences multiples qui la constituent…

Ocean's Twelve

Ocean's Twelve, de Steven Soderbergh

La plupart d’entre vous l’ont sans doute déjà vu. Conseillons quand même aux sceptiques que ce film mérite d’être vu, et qu’il vient clore en beauté une année 2004 caractérisée par des blockbusters hollywoodiens de très grande qualité artistique.

Pour ne pas répéter ce qui a été dit, disons simplement que le plaisir que l’on peut tirer de ce film est avant tout intellectuel : Soderbergh est un joueur, qui s’amuse avec son public (des rebondissements jusqu'à l’absurde, des blagues qui ne feront rire que les insiders), avec ses acteurs (le rôle confié a Julia Roberts, les personnages glamour du premier film ridiculisés dans le second…), avec son récit (narration explosée, rythme effréné…), avec ses financiers (c’est le producteur du film, Jerry Weintraub, qui joue « l’ami américain » qui provoque la colère de Toulour, qui est à l’origine de l’histoire ! L’initiateur du projet de film joue le rôle de l’initiateur du récit du film)…En plus, comment ne pas apprécier l’hommage à Godard (volontaire ou non) dans un film que l’on sait destiné au grand public américain !

27.11.04

Un regal!

Mondovino, de Jonathan Nossiter

Jonathan Nossiter, l’anti-Michael Moore ? A travers l’exemple du vin, le réalisateur nous parle de la mondialisation et de ses (m)effets. Le burlesque des situations, l’impertinence du montage, la force de la mise en scène : a travers ces éléments, Nossiter nous distrait autant qu’il nous informe, et ce qu’il nous montre a de l’importance. Donnant la parole à tous, il nous montre un univers, celui du vin, dont les mécanismes pourrait s’appliquer à beaucoup d’autres, notamment le cinéma. Edifiant !

Tout simplement in-cro-yable!

The Incredibles, de Brad Bird

C’est un cliché, mais on ne se lasse pas de le répéter : la dernière production des studios Pixar est une réussite totale ! Les Indestructibles est un pur chef d’œuvre de divertissement, qui plaira aux néophytes et ravira les initiés. A travers une réalisation ambitieuse et soignée, le réalisateur parvient à rendre hommage à ses illustres prédécesseurs (les premiers James Bond, Star Wars, l’univers Marvel Comics), tout en y ajoutant sa propre critique d’une société contemporaine (en particulier américaine) où tout le monde veut devenir une star et ou les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel…

Enfin, ce film consacre la maturité du film de super-héros, un genre en pleine explosion depuis plusieurs années. Après les films de super-héros à prendre au premier degré, Les Indestructibles nous offre un film de super-héros révisionniste, dont le propos est d’assumer l’héritage d’une mythologie déjà bien établie, tout en la critiquant dans ses fondements. Les Indestructibles se pose donc comme l’héritier filmique de tout une littérature critique des super-héros, initiée par l’indispensable Les Gardiens d’Alan Moore.


18.11.04

Le film le plus étrange de l'année...

Birth, de Jonathan Glazer
Nicole Kidman nous revient, après le très médiocre Stepford Wives, dans un film pour le moins étrange. Elle est en train de devenir, en termes de crédibilité, une sorte de George Clooney au feminin: malgré qques ratages, chacun des projets dans lesquels elle est impliquée semble mériter un coup d'oeil, et au final, ce n'est pas forcement que son charme qui nous encourage a aller voir ses films...
Birth est un film étrange, qui, pour parler d'un sujet universel comme le deuil, passe par un élément surnaturel, avec des acteurs troublants et une mise en scène très élégante. C'est presque difficile de se dire que Jonathan Glazer est un réalisateur issu du clip et de la pub! Et pourtant, c'est le réalisateur du clip Karma Police de Radiohead, de Virtual Insanity de Jamiroquai, ou encore (moins connu cui-la) The Universal de Blur. Et c'est aussi lui qui est responsable de l'extraordinaire pub Levi's "Odyssey", ou l'on voit un homme et une femme courir en défonçant des murs...
Birth, un film etrange et envoutant, qui fait de Jonathan Glazer un jeune realisateur a suivre!

6.11.04

Argh....

Alien Vs. Predator, de Paul W.S. Anderson
Eh oui, j'ai fini par aller voir ce film dont j'ai entendu tant de mal, un film tellement mauvais que ses distributeurs n'ont même pas cherché à le promouvoir: pas de distributions d'invitations pour une avant-première, affiche pourrave dans le métro parisien....rien ne donnait envie d'aller voir ce film, qui pourrait apparaître aux yeux du non-initié comme relevant de la plus pure stratégie marketing ("en alliant dans un seul film 2 figures mythiques de la SF, on va attirer deux fois plus de monde que s'il n'y en avait qu'une seule!!!")...

Dissipons cependant certaines préconceptions liées à ce film:
- le réalisateur: Paul W.S. Anderson (à ne pas confondre avec Paul Thomas Anderson, réalisateur génial de Boogie Nights) est sans aucun doute LE réalisateur le plus haï sur Internet. Pourquoi? Parce qu'il le genre de film qui intéresse les internautes/cinéphiles, qui vont s'informer sur des sites comme Aint-It-Cool News et CHUD.com. Anderson s'est spécialisé dans l'adaptation (ratée) de jeux vidéos en films: Mortal Kombat, Resident Evil, Alien Vs. Predator...Comme les sites de cinéma sur Internet sont quasiment toujours gérés par des geeks, fans absolus de comic books et de jeux vidéos, ils connaissent par coeur la filmo de M. Anderson! Ses films ont souvent été de modestes succès commerciaux (ce qui explique pourquoi il continue de pouvoir en faire) mais généralement des ratages artistiques (et je reste persuadé que même avec un concept comme "Alien vs. Predator", il y a moyen de faire un film de SF de bonne qualité. Ce n'est pas le matériau qui est défaillant, c'est son passage au grand écran!).

- le projet : malgré ce que l'on pourrait croire, l'idée de ce film ne remonte pas à hier, mais s'inscrit dans une mode des années '90 dans les domaines des comics et du jeu vidéo aux Etats-Unis, la mode du "crossover". Qu'est-ce que le crossover? Comme son nom l'indique, cette mode consistait à mélanger les univers de différentes BD, différents films, et permettre aux personnages de passer outre les limites de leur univers (to "cross over") pour en rejoindre un autre. Expression d'un post-modernisme débridé qui cherche à abolir les frontières des genres et des formes artistiques? Pour le gamin de 10 ans que j'étais à l'époque, tout cela n'avait pas vraiment de sens, de voir des comics Alien vs Predator, Batman Vs Predator, Robocop Vs Terminator, Batman: Aliens...Même Disney s'y est mis le temps d'un dessin animé, au nom très pertinent de Tale Spin (le mélange des "tales", des histoires quoi): on y retrouvait des personnages secondaires de l'univers animé de Disney, comme le pilote pélican de La bande à Picsou, et Baloo du Livre de la jungle dans le rôle de deux pilotes des Caraïbes (oui oui, pilotes, pas pirates) qui luttaient contre l'ignoble Don Karnage, qui était en fait Shere Khan! Bref, je m'égare....
Alien vs. Predator apparut dans les années '90 sous forme d'une série de BD, dont certaines étaient plutôt réussies, ayant trouvé des idées assez plausibles pour faire interagir ces deux célèbres créatures du cinéma de sciences-fiction des années '80. Alien vs Predator se transforma aussi en jeu vidéo, un Doom-like très populaire en son temps.
Tout ça pour dire que l'idée d'un Alien vs Predator ne date pas d'hier!

Eh bon, comme si souvent, le rêve du fanboy s'est transformé en cauchemar, à croire que la réussite éclatante de projets ambitieux comme Lord of the Rings (ce qui n'était pas gagné d'avance) soit contre-balancé par des échecs énormes, à la LXG ou Alien Vs. Predator...pas étonnant que Anderson soit autant haï sur Internet (yen a un autre dans ce cas, c'est Uwe Böll)...Je ne doute pas une seule seconde de la sincère dévotion de Paul W.S. Anderson à son projet, mais cet imbécile devrait avoir l'honnêteté de reconnaître qu'il n'a aucun talent de scénariste! Son histoire est bonne, elle n'est d'ailleurs pas entièrement de lui, mais ses dialogues sont affreux et le rythme de l'histoire à chier (en une demi-heure, il ne reste plus que 3 humains survivants, sur les 30 de départ. Remarque, on s'en fout un peu vu qu'ils sont cons et qu'ils parlent mal anglais...)...même George Lucas à su se remettre en question après La Menace Fantôme, et s'est payé les services d'un co-scénariste pour L'attaque des clones!

Cependant, je n'ai pas passé deux heures désagréables. J'étais dans une salle pleine de monde (150 personnes), un public averti, conscient du massacre, mais venu par fidélité a l'une ou l'autre franchise...entre connaisseurs, on a bien rigolé, tellement c'était mauvais....

1.11.04

Le "Troie" français...

Arsène Lupin, de Jean-Paul Salomé.
Alors oui, un soir que je m'emmerdais un peu, je suis allé voir Arsène Lupin à Convention, non sans avoir convaincu mon frère de venir au cinoche avec moi, pour aller un autre film qui passait ce soir-là: Eternal Sunshine of the Spotless Mind.
Arsène Lupin, donc. La meilleur façon de le décrire, c'est de le considérer comme le Troie français de l'année. Je m'explique: à l'image de Troie , on a affaire à un film ambitieux mais frustrant, réalisé sans génie, et surtout énervant quand on connait un peu l'oeuvre originale dont il est l'adaptation. Enfin, j'ai trouvé dans ce film des résonances, des éléments de ressemblance avec d'autres blockbusters français de ces dernières, et elles ne sont pas flatteuses.
Arsène Lupin est un film énervant: la réalisation est dynamique (c'est bien) mais trop maladroite pour être efficace (c'est pas bien), voire même carrément déroutante par moments, avec quelques raccords hasardeux (là, c'est grave). Les dialogues sont vraiment mauvais : on se croirait dans un téléfilm de M6. La mauvaise qualité des dialogues nuit grandement au travail des acteurs, en particulier Pascal Greggory, qui est complêtement caricatural, au point que ça devient pénible. Bizarrement, le seul à tirer son épingle du jeu, c'est celui dont la crédibilité était contestable : Romain Duris est vraiment formidable dans ce rôle, et l'idée de lui confier le rôle de Lupin s'avère être le seul pari gagné de ce film. Sa jeunesse et son attitude transforment le personnage, et le bourgeois devient bohême.
Bref, beaucoup d'éléments auraient mérité un meilleur traitement: réalisation, montage, scénario, direction d'acteurs...
Venons-en au second problème: ce film s'inspire, officiellement, de "La Comtesse de Cagliostro" (que je n'ai pas lu). Moi, j'y ai plutôt reconnu des allusions énormes aux "Lupin" que j'ai lu, notamment "Le Bouchon de Cristal" ou "L'aiguille creuse". Le problème, c'est que Salomé emprunte tout un tas d'éléments de la mythologie du personnage pour les mettre dans un seul film, réduisant de ce fait leur signification à de l'accessoire. Exemple: Lupin retrouve un indice sur le lieu ou se trouve le trésor qu'il recherche dans oeil de verre, oeil de verre qui est au centre de toute l'intrigue du "Bouchon de cristal"! C'est nul de transformer un élément fondamental d'un récit pour en faire un accessoire de passage dans un autre! A trop vouloir bourrer son film de références à l'univers crée par Maurice Leblanc, Salomé provoque une indisgestion chez les amateurs des romans. D'autres, notamment Sam Raimi pour Spider-Man, on fait la même chose, mais avec cent fois plus de finesse. On sent que le réalisateur (et scénariste) avait plein de choses à dire, et on en fait les frais: même si on ne s'ennuie pas une seule seconde, force est de constater que le film est vraiment trop long...
Enfin, il faut que je dise un mot sur les ressemblances avec d'autres blockbusters français, sortis il y a un certain temps déjà. On pouvait supposer que le réalisateur à vu ces films, et ne répéterait pas les mêmes erreurs. Eh ben si.
Arsène Lupin m'a fait penser au Pacte des Loups (un film assez bancal, que j'aime pour ses défauts autant que ses qualités) et à Vidocq (brrrr....quand un film me fait penser à Vidocq c'est pas bon signe!). On voit dans Lupin un procédé similaire à celui du Pacte: le réalisateur tente de justifier l'insertion de combats d'arts martiaux dans son film de façon risible: ici, c'est le jeune Lupin (qui ressemble étrangement à un jeune Thierry Lermitte) qui apprend la savate grace à son père. Sauf que quand Lupin adulte se bat, c'est devenu une sorte de kung-fu un peu ridicule et sans grand intêrét. Et comme en plus ce n'est pas très bien réalisé...Pour ce qui est de la ressemblance avec Vidocq, elle s'exprime de plusieurs façons dans la scène de la mort du père de Lupin, une sorte de combat de kungfusavate au sommet d'une falaise. Les deux ennemis sont habillés comme l'Alchimiste, et font des feintes avec leurs capes, etc...Là, déjà, on a peur. Quand vient, vers les 3/4 du film, l'explication de cette scène (qu'Arsène voit à chaque fois qu'il fait des cauchemars), on a droit à un montage tape-à-l'oeil et complêtement loufoque, qui illustre un retournement HENAURME, exactement comme celui qu'on a à la fin de Vidocq. Dans Vidocq, cette révélation "surprise" avait pour effet d'enterrer définitivement un film qu'on avait du mal à apprécier. Dans Lupin, la révélation est caricaturale et ne semble avoir aucun effet sur les personnages. Au final, elle n'à pas d'influence sur le reste du film...C'est con de ne pas assumer son propre scénario! A la rigueur, ils auraient pu tourner ça en dérision, faire une petite allusion à Star Wars, puis voilà! Bref, Arsène Lupin semble reprendre en moins bien les ficelles d'autres blockbusters. Le problème, c'est que ces ficelles étaient déjà affreuses: pourquoi ne pas avoir appris la leçon?

Ce qui est vraiment frustrant dans Arsène Lupin, c'est le sentiment qu'on a d'être passé à côté d'un grand film.


Enfin, la grande sortie de la rentrée...

Un long dimanche de fiançailles, de Jean-Pierre Jeunet
Ca y est, le dernier Jeunet est sorti! Alors, qu'en penser? Voici une pseudo-interview que j'ai accordé au magazine du BDA de Sciences Po, Art Maniak, qui voulait que je décrive le film à partir des 5 sens, plus un 6ème sens dont je faisais ce que je voulais...Excusez donc le côté baclé de l'affaire, je vous le restitue tel quel parce que j'étais assez satisfait de mes réponses...

La vue: pas de doute, on a bien affaire à un film de Jean-Pierre Jeunet: la photo est superbe, les couleurs extraordinaires. C'est comme regarder une carte postale élégamment jaunie par le temps...

L'ouïe: comment ne pas éprouver du plaisir en écoutant la superbe B.O. composée par Angelo Badalamenti? Le thême récurrent du film, à la fois grave et optimiste, vous transporte et vous berce tout au long du film...Entre les envolées lyriques du compositeur de Lynch, on revient à la réalité assourdissante de la guerre des tranchées, le sifflement des obus, les cris de douleur...

Le toucher: tout au long du film mes mains sont humides d'avoir essuyer les minuscules larmes qui se forment sur mes yeux. On ne peut s'empêcher d'en verser une ou deux, surtout vers la fin.

L'odorat: on a envie de se plonger totalement dans le film, de sentir les odeurs des objets que la caméra filme de façon affectueuse, attendrie...au lieu de ça, on ne réussit qu'à sentir l'odeur froide et impersonnelle de la climatisation de la salle, qui diminue l'odeur du parfum de la dame à coté de moi (qui en a mis beaucoup trop). Grace à ça, je n'étouffe pas, mais je suis fatigué par ses commentaires idiots.

Le goût: ce film réveille en moi des souvenirs de goûts passés, et l'eau me vient à la bouche quand on offre a Manech une tartine de beurre au miel, avec un bon bol "de Cacao du Niger". On partage son bonheur lorsqu'il dévore le seul rayon de soleil qu'il a trouvé dans les tranchées...

6e sens, le sens du cinéphile! Alors, qu'a ressenti le cinéphile en moi en voyant ce film? Malgré ce qu'en disent les critiques, j'ai trouvé que l'émotion était au rendez-vous, malgré un esthétisme si méticuleux qu'il peut rendre le film froid et lisse comme du papier glacé, et malgré les manniérismes "jeunétiens" qui m'ont gêné car ils n'avaient pas forcément leur place dans ce type de récit...Cette histoire m'a ému et je suis rentré dedans complêtement, à tel point que j'ai été totalement surpris par la fin! Un film qui réussit à éliminer le cynisme du cinéphile, c'est très fort!